Un Groupe Est Son Propre Et Pire Ennemi
Les écrits de Clay Shirky à propos d'Internet
Économie & Culture, Média et Communauté, Open Source
Un Groupe Est Son Propre et Pire Ennemi
Discours à ETech, avril 2003
Publié en juillet 2003 sur la liste de diffusion "Networks, Economics, and Culture".
Ceci est une version allégée du discours donné à la conférence sur le Logiciel Relationnel O'Reilly Emerging Technology tenue à Santa Clara le 24 avril 2003.
Seul le lien original fait référence
Bonjour à tous. Je veux parler ce matin du "Social Software" (NDT : Logiciel Relationnel)... il y a une surprise. Je veux parler d'un langage commun pour la conception participative#1, un langage que j'ai vu maintes fois, un modèle de logiciel relationnel pour maintenir de grands groupes dans la durée. Et ce "langage commun" est le "langage commun" décrit dans le titre de ce discours : Un Groupe est Son Propre et Pire Ennemi."
Plus précisément, je veux parler de ce que je pense désormais être l'un des plus grands défis à savoir concevoir un logiciel apte à supporter de grands groupes. Laissez-moi d'abord vous offrir une définition du "social software", parce que c'est un terme encore vraiment amorphe. Ma définition est vraiment simple : un logiciel qui supporte les interactions de groupes. Je veux aussi mettre l'accent, même si c'est une définition plutôt simple, sur le fait que ce modèle s'avère radical. L'internet supporte de nombreux modèles de communications, principalement de point à point et bidirectionnels, en émission sur un modèle "one to many" et dans les deux sens "many to many".
Avant Internet, nous avions connu de nombreux modèles supportant des relations bidirectionnelles de point à point. Nous avions les téléphones et nous avions le télégraphe. Nous étions habitués à la médiation technolologique de ces formes de conversations. Avant l'internet, nous avions de nombreux modèles supportant l'émission dans un seul sens. Je pouvais dire deux mots à la radio ou à la télévision, je pouvais publier un journal. Nous avions la presse écrite. Et même si l'internet a contribué à produire de belles choses pour ces modèles, ce sont des modèles que nous connaissions déjà.
Avant Internet, la dernière technologie qui a eu un effet sur la manière dont les gens s'asseyaient et parlaient ensemble était la table. Il n'y avait pas de médiation technologique pour les conversations de groupes. La technologie la plus proche dont nous disposions était la conférence téléphonique, qui n'a jamais vraiment bien fonctionné -- "Allo ? J'appuie donc sur le bouton maintenant ? Oh regarde je viens simplement de raccrocher ?" Ils n'est pas facile de monter une conférence téléphonique mais il est très facile d'envoyer un email à cinq de vos amis pour leur dire "bonjour, où allons-nous pour la pizza". Ainsi la formation facile de groupes relève vraiment de la nouveauté.
Nous avons eu le logiciel relationnel depuis 40 ans tout au plus, daté du système Plato BBS et nous avons eu seulement 10 ans ou presque pour voir sa disponibilité se répandre, ainsi nous sommes tout simplement en train de trouver ce qui fonctionne. Nous apprenons encore à produire ce genre de choses.
A présent, le logiciel qui supporte l'interaction de groupe est une définition fondamentalement insatisfaisante sur beaucoup de points, parce qu'elle ne pointe pas vers une classe spécifique de technologies. Si vous regardez le courrier électronique il est évident qu'il supporte des modèles de relations sociales, mais il peut aussi supporter un modèle de diffusion. Si je ne suis pas un spammer, je vais envoyer par email des choses à un million de personnes mais ces personnes ne se parleront pas entre elles -- le spam est du courrier électronique, mais il n'est pas social. Si je vous envoie un email et que vous me répondiez par email en retour, nous avons bien du point à point et une conversation bidirectionnelle mais ce n'est pas une conversation qui crée une dynamique de groupe.
Ainsi l'email ne supporte pas nécessairement les modèles sociaux, les modèles de groupe, même s'il le peut. Prenez le cas du weblog. Si je m'appelle Glenn Reynolds et que je publie quelque chose comme des "Commentaires Off" et que je puisse toucher une audience d'un million d'utilisateurs par mois, c'est vraiment du "broadcast". Il est intéressant que je puisse pratiquer cela en tant qu'individu mais le modèle est ici plus proche de MSNBC qu'il ne l'est d'une conversation. D'un autre côté, un groupe d'une demi-douzaine d'utilisateurs de Live Journal se racontant leurs vies les uns les autres, peut être considéré comme social. De la même manière les weblogs (carnets web) ne sont pas nécessairement sociaux, même s'il savent supporter des modèles sociaux.
Cependant, je pense que la définition est la bonne, parce qu'elle identifie la nature fondamentalement sociale du problème. Les groupes on un effet de fonctionnement dans le temps. Vous ne pouvez pas spécifier à l'avance ce que le groupe fera, et par conséquent vous ne pouvez pas spécifier dans le logiciel tout que vous comptez faire pour que cela se produise.
Maintenant, il y a beaucoup d'articles disant que "Nous avons construit ce logiciel, un groupe est venu et l'a utilisé, et ils ont commencé à montrer des comportements qui nous ont vraiment surpris, par conséquent nous sommes partis et avons documenté ces comportements." À plusieurs reprises et encore une fois ce modèle s'est répandu. (J'entends ici Stewart, l'homme du Well en train de rire.) The Well est l'un de ces endroits où ce modèle a émergé encore à de bien nombreuses reprises.
Ce discours est découpé en trois parties. La meilleure explication que j'ai trouvée pour décrire ces phénomènes qui arrivent quand les réseaux de personnes interagissent est une recherche psychologique qui date d'avant Internet. Ainsi la première partie traitera de la recherche de W.R. Bion, dont je parlerai dans un instant, une recherche qui je crois explique comment et pourquoi un groupe est son propre et pire ennemi.
La deuxième partie est : Pourquoi maintenant ? Que se passe t'il donc à cette heure qui fasse qu'on s'y intéresse ? Je pense que nous observons une révolution dans le logiciel social dans notre environnement qui est vraiment intéressante.
Et en troisième partie, j'aimerais identifier quelques points, environ une demi-douzaine en fait, qui je pense sont essentiels pour n'importe quel logiciel apte à soutenir de plus grands groupes qui puissent tenir dans la durée.
Première Partie : Comment un groupe peut-il être son plus mauvais ennemi ?
Donc Première Partie. La meilleure explication que j'ai trouvée pour décrire les manières dans lesquelles ce modèle s'établit "le groupe est son propre et pire ennemi", est tirée d'un livre d'expériences de W.R. Bion appelé "Experience in Groups", un livre écrit au milieu du siècle dernier.
Bion était un psychologue qui faisait de la thérapie de groupe avec des groupes de névrosés. (Le parallèle avec Internet sera laissé en exercice pour le lecteur.) Ce qu'a découvert Bion était que les névrosés dont il prenait soint, conspiraient en tant que groupe pour faire échouer la thérapie.
Il n'y avait aucune communication ou coordination manifeste. Mais Bion était en mesure de constater que chaque fois qu'il essayait de faire tout ce qui était censé avoir un effet, le groupe ferait tout pour l'annuler d'une façon ou d'une autre. Et ça le rendait lui-même fou, fou entendu ici au sens familier du terme, d'essayer de décrire s'il devait considérer la situation comme : Ces individus agissent-ils de leur plein gré ? Ou est-ce un groupe coordonné ?
Il n'a jamais pu résoudre la question et de ce fait a décidé que l'impossibilité de résolution de la question était la réponse. À la question : Voyez-vous les groupes de personnes comme des agrégations d'individus ou comme un groupe uni, sa réponse était : "désespérément ils relèvent des deux."
Il disait que les humains étaient fondamentalement individualistes et aussi fondamentalement sociaux. Chacun d'entre nous dispose d'une forme d'esprit rationnel pour la prise de décision où nous pouvons évaluer ce qui se passe, prendre des décisions et influer sur elles. Et nous sommes tous également capables d'entrer viscéralement dans des relations émotives avec d'autres groupes de personnes surpassant ainsi les aspects intellectuels de l'individu.
En fait, Bion était si convaincu que c'était la bonne réponse que l'image qu'il a mis la couverture de son livre était un cube Necker, un de ces cubes que vous pouvez regarder et résoudre sous deux approches mais dont vous ne pouvez jamais voir les deux vues en même temps. Ainsi les groupes peuvent être analysés comme des ensembles d'individus et avoir ce type d'expérience émotive de groupe.
Maintenant, il est assez facile d'observer comment les groupes de personnes qui ont des liens formels, des groupes qui ont été identifiés et appelés comme "Je suis membre de telle-et-telle guilde dans un jeu de rôle en ligne massivement multijoueurs," il est facile dans ce cas de voir comment vous auriez ce type de cohésion de groupe. Mais la thèse de Bion est que cet effet est nettement mais nettement plus profond et surgit beaucoup, mais beaucoup plus tôt que bon nombre d'entre nous n'auraient pu prévoir. Par la même, je veux illustrer ceci avec une histoire, et pour illustrer mon propos, je vais vous raconter une histoire qui vous est arrivée à tous. Puisque même si je ne vous connais pas, je sais que ce que je suis sur le point de décrire vous est arrivé.
Vous êtes dans une soirée et vous vous ennuyez. Vous vous dites qu'"on ne me le fera plus. J'aurais mieux fait d'aller ailleurs. Je serais mieux à la maison à dormir. Les gens auxquels je voulais parler ne sont pas là...." Et on pourrait continuer. La soirée ne parvient pas à être intéressante. Et à ce moment une chose vraiment remarquable se produit : vous ne partez pas. Vous prenez une décision "Je n'aime pas cela, ça ne se fait pas." Si vous étiez dans une librairie et que vous vous disiez "je suis fait," vous sortiriez dehors. Si vous étiez dans un café et vous disiez "je m'ennuie", vous quitteriez le lieu.
Vous vous asseyez dans cette soirée, vous décidez "Je n'aime pas cette soirée ; Je ne veux pas être ici." Et puis vous ne partez pas. C'est de cette forme de viscosité sociale dont parle Bion.
Et puis, une autre chose vraiment remarquable se produit. Vingt minutes plus tard, une personne se lève et prend son manteau et qu'est-ce qui se passe ? Brusquement, tout le monde reprend son manteau, tous en même temps. Ce qui signifie que tout le monde avait bien décidé que la soirée n'était pas pour eux, et que personne n'avait fait rien fait pour, jusqu'aù stade où un événement déclencheur donne de l'air au groupe groupe et chacun se sent prêt à donner le signal du départ.
Cet effet est si fréquent qu'on l'appelle parfois le paradoxe des groupes. Il est évident qu'il n'y a pas de groupes sans membres. Mais ce qui est moins évident est qu'il n'y a aucun membre sans un groupe. Parce que vous seriez membre de quoi ?
Ainsi il y a ce moment très compliqué d'un groupe qui s'assemble, où suffisamment d'individus, pour quelque raison que ce soit, conviennent que quelque chose de valable se produit et que la décision qu'ils prennent à cet instant est : c'est bon et ce doit être protégé. Et à ce moment même si nous sommes dans le subconscient, vous commencez à obtenir des effets de groupe. Et ce sont ces effets que nous avons vus émerger à plusieurs reprises et maintes fois encore dans les communautés en ligne.
A ce stade, Bion décida que ce qu'il étudierait avec les névrosés serait le cas du groupe se défendant lui-même contre ses tentatives pour faire que le groupe produise ce qu'ils étaient supposés faire. Le groupe était constitué pour aller mieux, ce groupe de personnes était en thérapie pour se sentir mieux. Mais ils allaient à l'encontre de cela. Et il disait qu'il y avait des modèles très spécifiques dans lesquels les individus entraient pour faire échouer l'objectif de maintenir le groupe. Et il a détaillé trois modèles.
Le premier modèle est la conversation sur le sexe, ce qu'il appelait, dans sa prose de milieu de siècle, "un groupe rencontré pour appareiller au loin." Et ce que cela signifie est que le groupe se conçoit un objectif de devenir un lieu accueillant pour héberger des conversations de flirt, des conversations salaces ou quelques émotions transitant entre pairs membres.
Vous allez sur l'IRC et vous regardez la liste des canaux, et vous dites "Oh, je sais ce dont parle ce groupe parce que je vois l'étiquette de canal." Et vous entrez dans le groupe et vous constaterez presque invariablement qu'on y parle tout aussi bien de sexe. Pas nécessairement manifeste. Mais selon Bion c'est toujours dans le périmètre de toutes les conversations humaines. C'est un modèle de base dans lequel les groupes peuvent toujours s'impliquer, bien loin d'un objectif sophistiqué et vers un de ces buts de base.
Le deuxième modèle de base détaillé par Bion : L'identification et la vilenie d'ennemis externes. C'est un modèle très classique. N'importe qui ayant gravité autour du mouvement open-source au milieu des années 90 a pu tout le temps le constater. Si vous étiez sur le chantier du Linux Desktop, il y avait une grande liste de travaux à faire. Mais à la place vous pouviez toujours rejoindre une conversation à propos de Microsoft et Bill Gates. Et les gens commençaient à saigner des oreilles, ils devenaient si fous.
Si vous voulez l'améliorer, il y a une liste de choses à faire. C'est de l'Open-Source, c'est bien ça ? Maintenez-le c'est tout. "Non, non Microsoft et Bill Gates grrrr...", la mousse commençait à sortir. L'ennemi externe -- rien de plus fort pour galvaniser un groupe que de définir un ennemi externe.
Ainsi même si quelqu'un n'est pas vraiment votre ennemi, l'identifier comme un ennemi peut provoquer un sens amusant pour la cohésion de groupe. Et les groupes gravitent souvent vers les membres les plus paranoïaques et en font des chefs, parce que ce sont ces personnes qui sont les meilleures pour identifier des ennemis externes.
Le troisième modèle identifié par Bion : la vénération religieuse. La nomination et le culte d'une icône religieuse ou d'un ensemble de principes religieux. Le modèle religieux est essentiellement quelque chose que nous situons au delà de la critique. Vous pouvez voir tous les jours ce modèle sur Internet. Allez sur un newsgroup ou un forum de discussion Tolkein et esssayez de placer "Vous savez, Les Deux Tours, elles sont un peu lentes du cerveaux. Je veux dire loooongues. Nous n'avions pas besoin de décrire autant la forêt, parce que tout le long c'est presque partout la même forêt.".
Essayez de tenir cette discussion. Sur la porte du groupe il sera mentionné : "Ici on discute des travaux de Tolkein." Entrez, essayez et ouvrons cette discussion.
Maintenant, dans d'autres espaces les gens disent : "Oui, mais c'était nécessaire parce que cela commençait à lasser,".... Mais dans la plupart de ces espaces vous serez simplement "brûlés" au sens religieux parce que vous osez interférer avec le texte religieux.
Il en est ainsi de ces modèles humains qui on émergé sur l'internet, non pas à cause du logiciel mais parce qu'il est utilisé par des humains. Bion a identifié cette possibilité des groupes construisant leurs objectifs sophistiqués avec ces recommandations de base. Et en analysant cette tension, il est parvenu à la conclusion que la structure de groupe est nécessaire. Les Règles de Robert sur l'Ordre sont nécessaires. Les constitutions sont nécessaires. Normes, rituels, lois, la liste entière des bonnes manières que nous énonçons, hors de l'univers des comportements possibles, nous allons tracer un cercle relativement petit autour des personnes acceptables.
Il affirmait que la structure de groupe est nécessaire pour défendre le groupe de lui-même. La structure de groupe existe pour garder un groupe avec un cap sur l'objectif, sur la voie, sur le message, sur la charte, etc. Maintenir un groupe concentré sur son propre objectif sophistiqué et le préserver du dérapage vers ces modèles de base. La structure du groupe défend le groupe de l'action de ses propres membres.
Dans les années soixante-dix - c'est un modèle qui a émergé maintes fois sur le réseau -- dans les années 70, un BBS appelé Communitree s'est lancé, ce fut l'un des premiers BBS en dial-up. Il fut lancé quand les personnes n'avaient pas d'ordinateurs et que les institutions possédaient les machines.
Communitree a été fondé sur les principe de l'accès ouvert et du dialogue libre. "Communitree" -- le nom disait simplement "California in the Seventies" Et la notion était, effectivement, Brise la structure et de nouveaux et des modèles magnifiques émergeront.
Et, en effet, quiconque avait placé des discussions sur le logiciel à l'intérieur des groupes et s'était vu précédemment déconnecté, a constaté que cela se produisait. Des choses incroyables se sont présentées. Durant les premiers jours d'Echo, durant les premiers jours de Usenet, durant les premiers jours de Lucas Film Habitat et ainsi de suite, vous pouviez voir toute cette poussée incroyable de personnes soudainement reliées comme jamais cela ne s'était fait auparavant.
Et puis au fur et à mesure du temps, les difficultés ont émergé. Dans ce cas, une des difficultés a été occasionnée par le fait qu'une des institutions ayant la main sur quelques modems était un lycée. En 1978, la pièce qui contenait l'ordinateur et les modems était tenue par les garçons de ce lycée. Et les garçons n'étaient pas extrêmement passionnés par la conversation sophistiquée entre adultes. Ils étaient intéressés par des plaisanteries grasses, par des entretiens salaces. Ils étaient intéressés pour faire circuler des mots de quatre-lettres et tapisser le tableau de discussion de nyah-nyah-nyah amoks.
Et les adultes qui avaient installé Communitree étaient horrifiés et débordés par ces étudiants. L'endroit qui avait été fondé sur l'accès ouvert avait eu trop d'accès ouvert, trop de franchise. Ils ne pouvaient pas se défendre contre ses propres utilisateurs. L'endroit initialement fondé sur le discours libre bénéficiait de trop de liberté. Ils n'avaient alors par moyen de dire "Non, celci n'est pas le genre de discours libre que nous avions voulu."
Mais c'était une condition. Au lieu de se défendre eux-même contre ce débordement, c'était quelque chose dont ils avaient besoin mais qu'ils n'ont pu faire, ils ont tout bonnement fermé le site.
Maintenant vous pourriez vous demander si l'incapacité des fondateurs de se défendre contre cet assaut, de se faire déborder, était un problème technique ou social. Le logiciel n'a-t-il pas permis au problème d'être résolu ? Ou était-ce la configuration sociale du groupe qui l'a fondée, là où ils ne pouvaient pas simplement penser à la moindre idée de se tourner vers la censure pour protéger leur système. Mais d'une certaine manière, cela n'est pas essentiel parce que les problèmes techniques et sociaux sont profondément entrelacés. Il n'y a aucun moyen de les dissocier complètement.
Ce qui compte le plus c'est qu'un groupe ait conçu ceci et puis n'ait pas pu, dans le contexte où ils l'avaient installé, en partie un contexte technique et en partie un contexte social, le préserver d'une attaque provenant de l'intérieur. Et l'attaque de l'intérieur est ce qui importe. Communitree n'a pas été interrompu par des personnes essayant de briser ou d'engorger le serveur. Il a été interrompu par les personnes qui se connectaient et postaient, ce à quoi le système avait été conçu. Le modèle technologique d'un usage normal et l'attaque étaient identiques au niveau de la machine, à un tel point qu'il n'y avait aucune manière d'indiquer technologiquement ce qui devait et ne devait pas se produire. Certains des utilisateurs ont voulu faire perdurer le système et à fournir un forum pour la discussion. Et d'autres utilisateurs, les lycéens, ne s'en sont même pas inquiétés voire se sont montrés activement hostiles. Et le système n'a fourni à l'ancien groupe aucun moyen de se défendre.
Maintenant, cette histoire a été écrite de nombreuses fois. Il est réellement frustrant de voir comment elle a été racontée tant de fois. Vous espériez qu'à un certain stade que quelqu'un l'écrirait, et ce fut souvent fait, mais qu'ensuite elle ne se produise plus. En fait d'autres personnes ne l'ont pas lu.
La description la plus généreuse de ce modèle maintes fois dupliqué est "l'apprentissage par l'expérience." Mais tirer les enseignements de l'expérience est le pire des moyens pour apprendre quelque chose. Étudier à partir de l'expérience est bon pour la mémoire. Ce n'est pas grandiose. Le meilleur moyen d'apprendre quelque chose est quand quelqu'un d'autre annonce et vous dit : "N'entrez pas dans ce marais. Il y a des alligators dedans."
Vous pourez me dire que c'est moche d'étudier à partir de l'expérience des alligators, si l'on compare ceci à l'étude de la lecture. Malheureusement dans cette arène, il n'y a pas eu beaucoup d'étude des articles. Et ainsi, les leçons de l'Habitat de Lucas Films écrites en 1990, se lisent beaucoup comme les descriptions de Rose Stone de Communitree à partir de 1978.
Ce modèle s'est reproduit à plusieurs reprises et encore plus encore. Quelqu'un construisait le système, ils assumaient certains comportements de la part des utilisateurs. Les utilisateurs venaient et exhibaient leurs différents comportements. Et les personnes qui exploitaient le système découvraient avec horreur que les problèmes technologiques et sociaux ne pouvaient pas être dissociés.
Il y a un document réputé appelé "LambdaMOO takes a New Direction," à propos des magiciens de LambdaMOO, l'expérience de Pavel Curtis au Xerox Parc construisant un monde de MUD. Et un jour, les magiciens de LambdaMOO ont annoncé "Nous avons construit et fait fonctionner ce système, et tous ces effets sociaux intéressants se produisent. Dorénavant nous les magiciens, nous nous impliquerons seulement dans les problèmes technologiques. Nous ne comptons pas nous impliquer dans quelque processus social."
Et puis, je pense qu'environ 18 mois plus tard -- je ne me souviens plus exactement de l'espace temps -- ils reviennent. Les magiciens reviennent, extrêmement excentriques. Et ils disent : "ce que nous avons appris de vous, chers utilisateurs pleurnicheurs, c'est que nous ne pouvons pas faire ce que nous vous avions dit. Nous ne pouvons pas dissocier les aspects technologiques des aspects sociaux fonctionnant dans ce monde virtuel."
"Aussi, nous sommes de retour et revenons par magie en arrière sur le consentement, nous allons faire des choses pour faire fonctionner le système. Nous nous établissons efficacement comme gouvernement parce que cet endroit a besoin d'un gouvernement et parce que sans nous, la place tombe en morceaux."
Les personnes qui travaillent sur le logiciel social sont plus proches dans l'esprit des économistes et des scientifiques politiques qu'elles ne le sont des personnes qui produisent des compilateurs. Elles ont toutes les deux un oeil sur la programmation, mais quand vous avez affaire à des groupes de personnes comme une personne intéressée par le phénomène du "run time", c'est une pratique incroyablement différente. Dans la sphère politique, nous appellerions cette crise une crise constitutionnelle. C'est ce qui se produit quand la tension monte entre l'individu et le groupe et que les droits et les responsabilités des individus et des groupes deviennent si sérieux que quelque chose se doit d'être fait.
Et la plus mauvaise crise est la première crise, parce qu'elle ne résume pas simplement à "nous devons définir quelques règles." C'est aussi "nous devons avoir quelques règles pour produire quelques règles." Et c'est ce ce que nous voyons à nouveau dans les grands systèmes pérennes de logiciels sociaux. Les constitutions sont un composant nécessaire pour les grands groupes hétérogènes qui veulent durer.
Geoff Cohen souligne un point très intéressant à ce sujet. Il avançait que "la probabilité que tout groupe non modéré puisse, à propos du fait d'avoir ou non un modérateur, se transformer en une guerre de mots, se rapproche au fur et à mesure que le temps passe." Pendant qu'un groupe se commet dans un cycle de vie en tant que groupe et commence à penser que le groupe est bon ou important, la chance que le groupe réclame une structure complémentaire pour défendre les individus d'eux-mêmes devient très très haute.
Deuxième Partie : Pourquoi Maintenant ?
Si ces choses dont je parle se sont produites si souvent auparavant, si ces choses se sont produites, ont été documentées, et nous avons même eu une documentation psychologique qui date d'avant l'internet, que se passe t'il désormais qui puissent leur donner tant d'importance ?
Je ne peux vous répondre précisément, mais à l'observation il y a une révolution en cours sur le logiciel social. Le nombre de personnes qui écrivent des outils pour supporter ou valoriser la collaboration ou la communication des groupes est étonnant.
Le web nous a tous amené dans des dimensions "reines" depuis déjà 6 ou 8 ans. Il était vaguement relié, il était sans état, sa croissance était démentielle et tout tournait autour du Quelle taille avez-vous ? "Combien existe t'il d'utilisateurs Yahoo ? Combien de clients chez Amazon ? Combien de lecteurs pour MSNBC ? Et la réponse pouvait être "Vraiment un paquet !" Mais ce pouvait être seulement beaucoup si vous n'exigiez pas de MSNBC qu'il réponde à ses lecteurs et vous n'aviez pas besoin que ces lecteurs puissent se parler de l'un à l'autre.
La face cachée de ce quête vers la taille et l'accroissement à tout prix est que le modèle, dense, interconnecté qui mène la conversation et la collaboration des groupes n'est pas envisageable à grande échelle. Différent pour le moins -- des petits groupes de personnes peuvent s'impliquer dans des formes d'interactions que les grands groupes ne peuvent supporter. Et ainsi nous renvoyons dans l'histoire cette taille intéressante des petits groupes. Plus grand qu'une douzaine, plus petits que quelques centaines, mais bien là où les personnes peuvent vraiment tenir ces formats de conversations qui ne peuvent être envisagées lorsque l'on évoque des dizaines ou des milliers voire des millions d'utilisateurs,... dans un unique groupe.
Depuis bien longtemps, nous avons connu les listes de diffusion et les BBS, et plus récemment nous avons eu l'IM (la messagerie instantanée), nous avons eu ces différents modèles. Et maintenant, brusquement, ces choses sont en train d'émerger. Nous avons eu les weblogs et les wikis, et à mon avis le plus intéressant des matériels pour plates-formes. Nous avons le RSS. Nous avons les objets Flash partagés. Nous avons des moyens de construire rapidement quelque infrastructure que nous pouvons considérer comme un avantage acquis, pour nous laisser essayer très rapidement de nouvelles choses.
Je parlais à Stewart Butterfield de l'application de chat qu'ils sont en train d'essayer ici. Je lui disais : "Hé comment ça fonctionne ?" Il me répondait : "Bien, nous avons eu l'idée il y a deux semaines. Aussi c'est un lancement." Quand vous pouvez aller de "Hé, j'ai eu une idée" à "Lançons-là à une centaine de geeks sérieux et on verra comment ça fonctionne", cela sous-tend qu'il y a une plate-forme où l'on laisse les gens faire des choses vraiment intéressantes et ce vraiment rapidement. Ce n'est pas que vous n'auriez pu construire une telle application il y a deux ans, mais le coût aurait été nettement plus élevé. Et quand vous baissez les coûts, de nouvelles choses intéressantes arrivent.
Aussi la première réponse au "Pourquoi Maintenant ?" est simplement "Parce que l'heure a sonné". Je ne peux vous dire pourquoi cela a pris tant de temps aux weblogs pour faire qui s'est passé, si ce n'est de dire que cela n'a rien à voir avec la technologie. Nous disposions de chaque brique de technologie dont nous avions besoin pour produire les weblogs le jour où Mosaic a lancé les premiers navigateurs capables d'éditer des formulaires. Chacune des briques de ces technologies était bien là. A la place nous avons eu Geocities. Pourquoi avons-nous eu Geocities et pas les weblogs ? Nous ne savions pas ce que nous faisions.
L'un était une mauvaise idée, l'autre tend à être une vraiment bonne idée. Cela a pris du temps pour prendre conscience que les personnes qui se parlent entre elles, au lieu de téléverser simplement des photos mal scannées de leurs chats, pourrait être un modèle utile.
Nous avons eu le modèle weblog aux alentours de 1996 avec Drudge. Nous avons vu démarrer les premières plates-formes de weblog en 1998. La chose a vraiment décollé en 2000. Mais l'année dernière tout le monde a réalisé : Mon Dieu, ce truc est en train de devenir tendance et cela va tout changer.
L'agitation en ce qui me concerne a démarré quand Phil Gyford a lancé le weblog de Pepys, les journaux intimes de Samuel Pepys des années 1660 transformés en formats de weblog, avec un nouveau billet posté chaque jour à partir du journal intime de Pepys. Ce que cela m'évoquait : Phil l'affirmait et je le crois maintenant, que les weblogs dureront au moins dix ans, parce que c'est le temps durant lequel Pepys a gardé un journal intime. Et c'était ce moment de projection dans le futur : voilà maintenant une infrastructure que nous pouvons considérer pour acquise.
Comment expliquer un tel délai de huit ans entre un navigateur capable d'éditer des formulaires et les journaux intimes de Pepys ? Je ne sais pas. Cela a pris simplement du temps pour les personnes à se faire à ces idées.
Ainsi et premièrement, c'est une révolution en partie parce que c'est une révolution. Nous avons internalisé les idées et les gens travaillent maintenant avec elles. Deuxièmement, les choses que construisent les personnes sont natives web.
Quand vous avez eu le logiciel relationnel sur le web au milieu des années 90, on racontait souvent : "C'est le Lotus Géant de Dreadnought, maintenant doté de la Nouvelle Interface Légère pour le Web !" Il ne s'est jamais senti comme le web. Il ressemblait à cette bête "hulk" avec un peu de, vous savez "voici quelques icônes. Ne regardez pas derrière le rideau."
Un weblog est natif web. Ce n'est que du web dedans. Un wiki est une application native web de collaboration hébergée. Léger, vaguement chaîné, il est facile de le faire grandir, il est facile à faire tomber. Et ce n'est pas simplement la surface, comme oh, vous pouvez simplement faire des choses à l'intérieur d'un formulaire. Il assume que le http est du transport. Il assume la syntaxe dans le code. Le RSS est un moyen natif web de produire de la syndication. Ainsi nous parlons de ces outils et nous les améliorons dans un sens qui nous laisse construire vraiment rapidement les choses.
Troisièmement, pour reprendre l'expression de David Weinberger, nous pouvons maintenant commencer à avoir un modèle de Petites Pièces Vaguement Jointes. Il est vraiment intéressant de plonger dans ce que fait Joi Ito avec le mouvement de la Démocratie Émergente, même si vous ne vous intéressez pas aux thèmes de la démocratie émergente. Ceci a démarré parce qu'une conversation se déroulait, et Ito disait "Je suis frustré. Je m'assieds ici au Japon, et je sais que toutes ces personnes ont des conversations en temps réel entre elles. Je veux avoir moi aussi une conversation de groupe. Je vais démarrer une conférence téléphonique".
"Mais puisque les conférences téléphoniques sont si moches, je vais les doter d'une fenêtre de chat durant la conversation." Et après, lors de la première réunion, je pense que c'était Peter Kaminski qui disait "Bien, j'ai aussi ouvert un wiki, et voici l'URL." Et il l'a signalé dans la fenêtre de chat. Et les personnes ont pu commencer à annoter des choses. Les personnes ont pu commencer à ajouter des signets ; voici les listes.
Ainsi, brusquement vous aviez cette réunion, fonctionnant simultanément sur trois modes distincts, deux en temps réel et une annotée. De telle manière que vous pouviez disposer de la conférence téléphonique en cours et vous savez comment se font les conférences téléphoniques. Soit une ou deux personnes la dominent ou alors tout le monde est comme "Oh, puis-je -- non, mais--" chacun s'interrompant et coupant la parole à l'autre.
Il est très difficile de coordonner une conférence téléphonique parce que les gens ne se voient pas les uns les autres ce qui rend difficile la gestion de la logique d'interruption. Dans la conférence téléphonique de Joi, la logique d'interruption se déplaçait sur la fenêtre de chat. Les gens pouvaient saisir "Hand" (NDT : prise de main) et le modérateur de la conférence saisira ensuite "C'est à votre tour de parler" dans la fenêtre de chat. Ainsi la conférence téléphonique se déroulait de manière incroyablement fluide.
Pendant ce temps, dans le chat (salon de discussion) les gens annotent ce que les personnes racontent. Oh cela me rappelle le travail de ci et de ça." Ou "Vous devriez regarder cette URL... vous devriez regarder ce numéro ISBN." Dans une conférence téléphonique, pour lire une URL, vous devez l'épeler - "Non, non, non, c'est www point slash... Dans une fenêtre de discussion, vous y allez et vous cliquez directement dessus. Vous pouvez dire dans la conférence téléphonique ou le salon de discussion : "Allez sur le wiki et regardez cela".
Voilà un appel large bande pour conférence, mais rien de géant. Simplement trois petits morceaux de logiciels assemblés les uns aux autres avec un peu de glue sociale. C'est un modèle incroyablement puissant. Différent de : Prenons le "juggernaute" Lotus et ajoutons y une interface web.
Et pour finir, et c'est la chose que je pense comme un véritable "freakout", c'est l'ubiquité. Le web a grandi depuis bien lontemps. Et ainsi des personnes ont eu de l'accès web, et puis de nombreuses personnes ont eu de l'accès web, et puis la plupart des gens ont eu de l'accès web.
Mais quelque chose de différent est en train de se produire à cette heure. Dans beaucoup de situations, tous les gens ont accès au réseau. Et "tous" est une forme de quantité bien différente de "la plupart". "Tous" vous laisse démarrer par prendre les choses pour acquises.
A cette heure, Internet n'est pas partout dans le monde. Il n'est même pas partout dans le monde développé. Mais pour quelques groupes de personnes -- étudiants, les employés dans les bureaux high-tech, les travailleurs du savoir -- Quiconque travaille avec d'autres est en ligne. Chaque fois qu'ils sont amis c'est en ligne. Tout le monde dans leur famille est en ligne.
Et ce modèle d'ubiquité vous laisse prendre cela pour acquis. Bill Joy disait une fois "Ma méthode est de regarder quelque chose qui semble comme une bonne idée et d'assumer que c'est vrai." Nous commençons à voir du logiciel qui assume simplement que tous les groupes hors-ligne ont un composant en-ligne, quels qu'ils soient.
Il est maintenant possible pour chaque groupe, que ce soit une troupe de guides scouts, de disposer d'une composante en ligne relativement légère et facile à gérer. Et c'est différent de ce que nous avons vu précédemment dans le vieux modèle de la "communauté en ligne". J'ai cette image de deux hula hoops, le vieux monde des deux hula-hoop où ma vraie vie est désormais passée, et ma vie en ligne à l'époque où il n'y avait guère de recoupement entre les deux. Si les hula hoops sont balancés ensemble et que quiconque hors-ligne est aussi en-ligne, au moins de mon point de vue, c'est une forme de modèle différent.
Il y a une seconde forme d'ubiquité que nous apprécions ici grâce au Wi Fi. Si vous assumez qu'à chaque fois qu'un groupe de personnes se rassemble, que ce groupe puisse à la fois être en face à face et en ligne au même moment, vous pouvez démarrer la production de différentes sortes de choses. Je ne peux pas à cette heure faire fonctionner une réunion sans avoir ni salon de discussion ou un wiki installé et prêt à fonctionner. Il y a trois semaines, j'étais dans une réunion pour The Library of Congress. Nous avions un wiki, monté par Social Text afin de saisir un volume important et dense d'informations techniques sur la protection à long terme des archives numériques.
Les gens qui organisaient la réunion n'avaient jamais utilisé un wiki auparavant, et maintenant la Library of Congress est en train de parler comme s'ils avaient toujours eu un wiki pour leurs réunions et assument qu'il pourrait y en avoir un pour la prochaine réunion - en deux jours, le wiki est passé de quelque chose de novateur à quelque chose de normal.
Ce devient vraiment rapidement une réalité qu'un groupe puisse faire des choses comme "Oh, j'ai pris mes diapos Powerpoint, je leur ai présentées et puis les ai vidées dans le wiki. Cela devient une sorte de dépôt partagé pour la mémoire de groupe. C'est nouveau. Ces formes d'ubiquité, à la fois tout le monde en ligne et chacun dans une pièce, peuvent cohabiter en ligne dans un même expace temps et nous orienter vers de nouveaux modèles.
Troisième Partie : Que pouvons-nous considérer pour acquis ?
Si ces affirmations sont exactes, la première qu'un groupe est son propre et son pire ennemi, et la deuxième, que nous sommes en train d'assister à cette explosion du logiciel social, que devrions-nous faire ? Y a-t-il quelque chose que nous pouvons affirmer avec certitude à propos de la construction du logiciel social, au moins pour de grands groupes à longue durée de vie ?
Je pense que oui. Un peu plus de 10 ans auparavant, j'ai cessé mon travail de jour parce que USENET était vraiment si intéressant que je me suis mis à penser : Ceci va vraiment être grandiose. Et j'ai écrit un livre à ce moment-là sur la culture net d'alors : USENET, The Well, Echo, IRC et ainsi de suite. Il a été lancé en avril 95, tout comme ce monde était enlevé par le web. Mais c'était ma passion d'origine, aussi ai-je étudié ce problème d'une manière ou d'une autre depuis 10 ans et l'ai étudié avec rigueur durant environ une année et demi.
Ainsi il y a cette question "Qu'est ce qui est requis pour produire et réussir une communauté en ligne vaste et pérenne ?" et je pense que je peux maintenant en toute confiance affirmer : J'espère ne pas chasser cette réponse durant les dix prochaines années.
Mais je peux au moins parler de quelques-un des facteurs-clés. Les Calvinistes ont eu une doctrine de grâce naturelle et de grâce supernaturelle. La grâce naturelle était "vous devez faire toutes les bonnes choses dans le monde pour parvenir au ciel..." et la grâce supernaturelle était "... et Dieu doit vous y rejoindre." Et vous ne saviez jamais si vous bénéficiez d'une grâce supernaturelle ou non. C'était leur manière de venir à bout du fait que le Livre des Révélations plaçait une limite plus haute sur le nombre de personnes qui allaient au ciel.
Le logiciel social est comme ça. Vous pouvez trouver le même morceau de code qui fonctionne dans beaucoup, beaucoup d'environnements. Et parfois cela fonctionne et parfois pas. Donc il y a quelque chose de supernaturel à propos des groupes qui pourrait être une expérience de "run-time".
L'expérience normale du logiciel social est l'échec. Si vous entrez dans les groupes de Yahoo et y étudiez les abonnements, c'est, non sans surprise, une loi de puissance. Il y a un petit nombre de groupes très populaires, un nombre modéré de groupes modérément peuplés et cette longue queue plate des échecs. Et l'échec représente inévitablement plus de 50% de toutes les listes de diffusion dans n'importe quelle catégorie. Ainsi ce n'est pas comme une recette de gâteau. Il n'y a rien que vous ne puissiez faire pour le réussir à chaque fois.
Il y a cependant, je pense, à peu près une demi-douzaine de choses qui sont vraiment largement avérées pour tous les groupes que j'ai étudiés et toutes les constitutions en ligne que j'ai lues sur le logiciel qui supportent de grands groupes durables. Et je diviserais cette liste en deux. Je dirais, si vous comptez créer une brique de logiciel social conçue pour soutenir de grands groupes, vous devez accepter trois choses, et concevoir quatre choses.
Trois choses à accepter
1.) Des choses que vous devez accepter, la première est que vous ne pouvez pas dissocier complètement les problèmes techniques des problèmes sociaux. Il y a deux modèles attrayants. L'un dit que nous devrons manipuler la technologie bien en deçà du "ici, nous traiterons des problèmes sociaux. Nous aurons les listes de diffusion dissociées des groupes de discussions, ou nous aurons une traçabilité ici et une piste là. Ceci ne fonctionne pas. Cela n'a jamais été énoncé plus clairement que dans les quelques articles "LambdaMOO Takes a New Direction." Je ne peux faire mieux que de vous inciter à lire ces documents.
Mais récemment nous avons eu cette expérience où il y avait une liste de discussion de logiciel social, et quelqu'un disait "Je sais, installons une seconde liste de diffusion pour les problèmes techniques." Et personne n'a bougé de la première liste, parce que personne ne pouvait dissocier la conversation entre les problèmes sociaux et techniques, parce que la conversation ne peut pas être bifurquée.
L'autre modèle qui est très, très attrayant -- quiconque regarde cette substance a la même épiphanie, qui est : Oh mon dieu, ce logiciel est en train de déterminer ce que font les gens !" Et c'est vrai, jusqu'à un certain point. Mais vous ne pouvez complètement programmer les problèmes sociaux. Ainsi vous ne pouvez dissocier deux choses et vous ne pouvez pas aussi spécifier tous les problèmes sociaux par la technologie. Le groupe va affirmer ses droits quelque part et vous obtiendrez ce mélange d'effets sociaux et techniques.
Ainsi le groupe est vrai. Il exhibera des effets émergents. Il ne peut pas être ignoré et ne peut pas être programmé, ce qui signifie que vous êtes sur un problème continu. Et le meilleur modèle ou tout au moins le modèle le plus souvent travaillé et à placer dans les mains du groupe lui-même doit être de définir ce qu'est la valeur, de défendre cette valeur, plutôt que d'essayer de coucher ces choses dans la conception logicielle.
2.) la deuxième chose que vous devez accepter : les Membres sont différents des utilisateurs. Un modèle éclora dans lequel il y aura un certain groupe d'utilisateurs qui s'inquiètera davantage de la moyenne de l'intégrité et du succès du groupe dans son ensemble. Et cela deviendra votre noyau dur, on peut citer l'expression de Art Kleiner "le groupe à l'intérieur du groupe qui compte le plus."
Le noyau du groupe Communitree était indifférencié du groupe des utilisateurs l'ayant rejoint par hasard. Ils étaient distincts dans leurs esprits, parce qu'ils savaient ce qu'ils voulaient faire, mais ils ne pouvaient pas se défendre contre les autres utilisateurs. Mais dans toutes les communautés en ligne réussies que j'ai regardées, un noyau émerge, en prend soin et la jardine efficacement. Jardiner l'environnement pour le laisser pousser et le maintenir en bonne santé.
Maintenant, le logiciel ne permet pas toujours au noyau dur de s'exprimer, ce qui explique pourquoi je dis que vous devez accepter cela. Parce que si le logiciel ne permet pas au noyau dur de s'exprimer lui-même, le groupe inventera de nouvelles manières de le faire.
Sur alt.folklore.urban, le groupe de discussion de folklore urbain sur USENET, il y avait un groupe de personnes qui traînaient là et devenaient des amis. Et ils sont venus pour s'inquiéter de l'existence de l'AFU, jusqu'aù point où, parce que USENET ne faisait aucune distinction entre les membres de bonne tenue et les utilisateurs de passage, ils ont installé une liste de diffusion appelée les Old Hats. La liste de diffusion était conçue pour la méta-discussion, discussion à propos de l'AFU. Ainsi ils pouvaient coordonner tous leurs efforts sur la liste de diffusion pour aller troller quelqu'un, "brûler" quelqu'un ou ignorer quelqu'un.
Addendum, 2 juillet 2003 : Un participant de longue date de l'a.f.u. dit que la liste Old Hat a été créée pour permettre aux membres habitant la Silicon Valley d'organiser un barbecue, de telle façon qu'ils pouvaient ajouter une dimenstion de rencontres à leurs interactions virtuelles. L'utilisation de la liste comme une coulisse pour discuter du newsgroup public a émergé après les faits.
Puis au fur et à mesure que Usenet croissait, de nombreux nouveaux venus arrivèrent et semblaient apprécier l'environnement parce qu'il fonctionnait bien. Afin de se défendre eux-même des problèmes de dimensionnement qui se posaient à ajouter de nombreux nouveaux membres à la liste Old Hats, ils ont dit "Démarrons une seconde liste, appelé les Young Hats."
Ils ont de ce fait créé ce système à trois tiers, non différents des tiers type peureux anonymes, utilisateurs connectés et personnes dotées de karma élevés sur Slashdot. Mais parce que USENET ne les laissait pas le faire dans le logiciel, ils ont apporté d'autres briques logicielles, ces listes de diffusions, dont ils avaient besoin pour construire la structure. Ainsi vous ne touchez pas les utilisateurs de programmes, les membres de bonne tenue se trouveront les uns les autres et se reconnaissent entre eux.
3.) La troisième chose que vous devez accepter : Le noyau du groupe dispose de droits qui maximisent les droits dans certaines situations. Ceci va à l'encontre de la vue libertaire tout à fait commune sur le réseau et cela va complètement à l'encontre d'une notion d'une voix égale une personne. Mais vous pouvez voir des exemples sur la manière dont se déroule un vote d'idée quand la citoyenneté est la même en tant qu'aptitude à se connecter.
Au début des années 90, une proposition est sortie pour créer un groupe de nouvelles Usenet afin de discuter de culture tibétaine, appelé le soc.culture.tibet. Et elle a été votée en grande majorité parce qu'un certain nombre d'étudiants chinois ayant eu accès à l'Internet l'ont voté, sur la logique que le Tibet n'était pas un pays ; c'était une région de la Chine. Et selon leurs points de vue, puisque le Tibet n'était pas un pays, il ne devrait pas y avoir quelque espace pour discuter de sa culture, parce que c'était "oxymoronic".
Maintenant, tout le monde a pu voir que c'était la mauvaise réponse. Les personnes qui voulaient un endroit pour discuter de culture Tibétaine devait l'avoir. C'était le noyau dur. Mais parce que le modèle une personne/une voix sur Usenet disait "Quiconque sur Usenet a le droit de voter pour n'importe quel groupe", suffisamment de groupes à controverse pouvaient simplement être agréés.
Imaginez aujourd'hui si, aux Etats-Unis, les utilisateurs d'Internet devaient être envoyés au suffrage avant que n'importe quel groupe pacifiste ne puisse être créé. Ou si des utilisateurs français devaient voter avant que n'importe quel groupe pro-guerre puisse être créé. Les personnes qui veulent tenir ces discussions sont les personnes qui comptent. Et la citoyenneté absolue, avec l'idée que si vous savez ouvrir une session, vous êtes un citoyen, est un modèle nocif, parce que c'est la tyrannie de la majorité.
Ainsi le noyau fondateur a besoin de se défendre lui-même -- à la fois en démarrant et à causes des effets dont j'ai parlé plus tôt -- le noyau dur doit se défendre de sorte qu'il puisse rester sur ses objectifs sophistiqués et loin de ses instincts de base.
L'encyclopédie Wikipédia a un système similaire à ce jour avec un département de pompiers volontaires, un groupe de personnes qui protègent à un degré inhabituel du succès de la Wikipedia. Et ils disposent de suffisamment de leviers, parce que compte tenu de la façon dont les wikis fonctionnent, ils peuvent revenir en arrière à tout moment sur les graffitis et faire ainsi que la chose tienne debout malgré les attaques répétées. Mobiliser ainsi le noyau dur demeure un système vraiment puissant.
Maintenant, quand je dis que ce sont ces trois choses que vous devez accepter, je veux dire que vous devez les accepter. Parce que si vous ne les acceptez pas avant, elles vous tomberont dessus de toutes les façons. Et puis vous finirez par écrire un de ces articles disant "Oh nous avons lancé ceci, nous avons essayé et puis les utilisateurs sont venus et ont fait toutes ces choses étranges. Et maintenant nous documentons de telle façon que les futures générations ne recommencent plus." Même si vous n'aviez pas lu les choses qui ont été écrites en 1978.
Tous les groupes de n'importe quelle intégrité ont une constitution. La constitution est toujours en partie formelle et en partie informelle. Au final, la partie formelle est ce qui est décrit dans le code -- le logiciel fonctionne comme ça".
La partie informelle est le sens de "comment nous le faisons ici". Et qu'importe si cela est décrit dans le code ou écrit en toutes lettres, quoi qu'il arrive, il y aura une partie informelle tout aussi bien. Vous ne pouvez dissocier les deux.
Trois choses à accepter
1.) Des choses que vous devez accepter, la première est que vous ne pouvez pas dissocier complètement les problèmes techniques des problèmes sociaux. Il y a deux modèles attrayants. L'un dit que nous devrons manipuler la technologie bien en deçà du "ici, nous traiterons les problèmes sociaux. Nous aurons les listes de diffusion dissociées des groupes de discussions, ou nous aurons une traçabilité ici et une piste là. Ceci ne fonctionne pas. Cela n'a jamais été énoncé plus clairement que dans les quelques articles "LambdaMOO Takes a New Direction." Je ne peux faire mieux que de vous inciter à lire ces documents.
Mais récemment nous avons eu cette expérience où il y avait une liste de discussion de logiciel social, et quelqu'un disait "Je sais, installons une seconde liste de diffusion pour les problèmes techniques." Et personne n'a bougé de la première liste, parce que personne ne pouvait dissocier la conversation entre les problèmes sociaux et techniques, parce que la conversation ne peut pas être "bifurquée" ("forked").
L'autre modèle qui est très, très attrayant -- quiconque regarde cette substance a la même épiphanie, qui est : Oh mon dieu, ce logiciel est en train de déterminer ce que font les gens !" Et c'est vrai, jusqu'à un point. Mais vous ne pouvez complètement programmer les problèmes sociaux. Ainsi vous ne pouvez dissocier deux choses et aussi vous ne pouvez pas spécifier tous les problèmes sociaux par la technologie. Le groupe va affirmer ses droits quelque part et vous obtiendrez ce mélange d'effets sociaux et techniques.
Ainsi le groupe est vrai. Il exhibera des effets émergents. Il ne peut pas être ignoré et ne peut pas être programmé, ce qui signifie que vous êtes sur un problème continu. Et le meilleur modèle ou tout au moins le modèle le plus souvent travaillé et à placer dans les mains du groupe lui-même doit être de définir ce qu'est la valeur, de défendre cette valeur, plutôt que d'essayer de coucher ces choses dans la conception logicielle.
2) la deuxième chose que vous devez accepter : les Membres sont différents des utilisateurs. Un modèle éclora dans lequel il y aura un certain groupe d'utilisateurs qui s'inquiètera davantage que la moyenne de l'intégrité et du succès du groupe dans son ensemble. Et cela deviendra votre noyau dur, on peut citer l'expression de Art Kleiner "le groupe à l'intérieur du groupe qui compte le plus."
Le noyau du groupe Communitree était indifférencié du groupe des utilisateurs l'ayant rejoint par hasard. Ils étaient distincts dans leurs esprits, parce qu'ils savaient ce qu'ils voulaient faire, mais ils ne pouvaient pas se défendre contre les autres utilisateurs. Mais dans toutes les communautés en ligne réussies que j'ai regardées, un noyau émerge, en prend soin et la jardine efficacement. Jardiner l'environnement pour le laisser pousser et le maintenir en bonne santé.
Maintenant, le logiciel ne permet pas toujours au noyau dur de s'exprimer, ce qui explique pourquoi je dis que vous devez accepter cela. Parce que si le logiciel ne permet pas au noyau dur de s'exprimer lui-même, le groupe inventera de nouvelles manières de le faire.
Sur alt.folklore.urban, le groupe de discussion de folklore urbain sur USENET, il y avait un groupe de personnes qui traînaient là et devenaient des amis. Et ils sont venus pour s'inquiéter de l'existence de l'AFU, jusqu'au point où, parce que USENET ne faisait aucune distinction entre les membres de bonne tenue et les utilisateurs de passage, ils ont installé une liste de diffusion appelée les Old Hats. La liste de diffusion était conçue pour la méta-discussion, discussion à propos de l'AFU. Ainsi ils pouvaient coordonner sur la liste de diffusion tous leurs efforts pour aller troller quelqu'un, "brûler" quelqu'un ou ignorer quelqu'un.
Addendum, 2 juillet 2003 : Un participant de longue date de l'a.f.u. dit que la liste Old Hat a été créée pour permettre aux membres habitant la Silicon Valley d'organiser un barbecue, de telle façon qu'ils pouvaient ajouter une dimenstion de rencontres à leurs interactions virtuelles. L'utilisation de la liste comme une coulisse pour discuter du newsgroup public a émergé après les faits.
Puis au fur et à mesure que Usenet croissait, de nombreux nouveaux venus arrivèrent et semblaient apprécier l'environnement parce qu'il fonctionnait bien. Afin de se défendre eux-même des problèmes de dimensionnement qui se posaient à ajouter de nombreux nouveaux membres à la liste Old Hats, ils ont dit "Démarrons une seconde liste, appelé les Young Hats." Ils ont de ce fait créé ce système à trois tiers, non différents des tiers type peureux anonymes, utilisateurs connectés et personnes dotées de karma élevés sur Slashdot. Mais parce que USENET ne les laissait pas le faire dans le logiciel, ils ont apporté d'autres briques logicielles, ces listes de diffusions, dont ils avaient besoin pour construire la structure. Ainsi vous ne touchez pas les utilisateurs de programmes, les membres de bonne tenue se trouveront les uns les autres et se reconnaîtront entre eux.
3.) La troisième chose que vous devez accepter : Le noyau du groupe dispose de droits qui maximisent les droits individuels dans certaines situations. Ceci va à l'encontre de la vue libertaire tout à fait commune sur le réseau et cela va complètement à l'encontre d'une notion une personne égale une voix. Mais vous pouvez voir des exemples sur les défauts d'un vote quand la citoyenneté se limite à la capacité à se connecter.
Au début des années 90, une proposition est sortie pour créer un groupe de nouvelles Usenet afin de discuter de culture tibétaine, appelé le soc.culture.tibet. Et elle a été votée en grande majorité parce qu'un certain nombre d'étudiants chinois ayant eu accès à l'Internet l'ont votée, sur la logique que le Tibet n'était pas un pays ; c'était une région de la Chine. Et selon leurs points de vue, puisque le Tibet n'était pas un pays, il ne devrait pas exister quelque espace pour discuter de sa culture, parce que c'était "oxymoronic".
Maintenant, tout le monde a pu constater que c'était la mauvaise réponse. Les personnes qui voulaient un endroit pour discuter de culture Tibétaine devaient l'avoir. C'était le noyau dur. Mais parce que le modèle une personne/une voix sur Usenet disait "Quiconque sur Usenet a le droit de voter pour n'importe quel groupe", suffisamment de groupes à controverse pouvaient simplement être agréés.
Imaginez aujourd'hui si, aux Etats-Unis, les utilisateurs d'Internet devaient être envoyés au suffrage avant que n'importe quel groupe pacifiste ne puisse être créé. Ou si des utilisateurs français devaient voter avant que n'importe quel groupe pro-guerre puisse être créé. Les personnes qui veulent tenir ces discussions sont les personnes qui comptent. Et la citoyenneté absolue, avec l'idée que si vous savez ouvrir une session, vous êtes un citoyen, est un modèle nocif, parce que c'est la tyrannie de la majorité.
Ainsi le noyau fondateur a besoin de se défendre lui-même -- à la fois en démarrant et à causes des effets dont j'ai parlé plus tôt -- le noyau dur doit se défendre de sorte qu'il puisse rester sur ses objectifs sophistiqués et loin de ses instincts de base.
L'encyclopédie Wikipédia a un système similaire à ce jour avec un département de pompiers volontaires, un groupe de personnes qui protègent à un degré inhabituel le succès de Wikipedia. Et ils disposent de suffisamment de leviers, parce que compte tenu de la façon dont les wikis fonctionnent, ils peuvent revenir en arrière à tout moment sur les graffitis et faire en sorte que la chose tienne debout malgré les attaques répétées. Mobiliser ainsi le noyau dur demeure un système vraiment puissant.
Maintenant, quand je dis que ce sont ces trois choses que vous devez accepter, je veux dire que vous devez les accepter. Parce que si vous ne les acceptez pas avant, elles vous tomberont dessus de toutes les façons. Et puis vous finirez par écrire un de ces articles disant "Oh nous avons lancé ceci, nous avons essayé et puis les utilisateurs sont venus et ont fait toutes ces choses étranges. Et maintenant nous documentons de telle façon que les futures générations ne recommencent plus." Même si vous n'aviez pas lu les choses qui ont été écrites en 1978.
Tous les groupes de n'importe quelle intégrité ont une constitution. La constitution est toujours en partie formelle et en partie informelle. Au final, la partie formelle est ce qui est décrit dans le code -- le logiciel fonctionne comme ça".
La partie informelle est le sens de "comment nous le faisons ici". Et qu'importe si cela est décrit dans le code ou écrit en toutes lettres, quoi qu'il arrive, il y aura une partie informelle tout aussi bien. Vous ne pouvez dissocier les deux.
Quatre Choses à Concevoir
1.) Si vous êtes en train de construire un morceau de logiciel social pour maintenir de grands groupes pérennes, que pourriez-vous concevoir ? La première chose que vous pourriez concevoir est un système de gestion d'identité#2 dans laquelle l'utilisateur pourrait investir.
Maintenant, je parle de "handles"#2, parce que je ne veux pas dire "identité" ; parce que l'identité est soudainement devenue une de ces idées, où lorsque vous tirez sur le petit fil que vous voulez, ce grand sac de trucs arrive dedans. L'identité est un tel problème d'actualité à résoudre maintenant, mais pour ce qui concerne tous les trucs légers et requis pour le logiciel social, c'est vraiment un "handle"#2 qui importe.
Il est largement compris que l'anonymat ne fonctionne pas bien dans la formation de groupe, parce que "qui a dit quoi et quand" semble être l'exigence minimale pour tenir une conversation. Ce qui est moins compris est que le pseudonymat léger ne fonctionne pas bien quoi qu'il en soit. Parce que j'ai besoin d'associer qui me dit quoi maintenant avec les conversations précédentes.
Le meilleur système de gestion de réputation ici évoqué est là, dans le cerveau. Et véritablement, c'est le cas ici, à l'arrière, dans la partie émotionnelle du cerveau. Presque tout le travail réalisé sur les systèmes de réputation est soit insignifiant ou inutile ou les deux, parce que les réputations ne sont pas linéarisables et qu'elles ne sont pas portables.
Il y a les gens qui trichent sur leurs conjoints mais pas aux cartes, et vice versa, et parfois les deux et d'autres ni l'un ni l'autre. La réputation n'est pas nécessairement mobile d'une situation à l'autre et elle n'est pas facilement exprimée.
eBay nous a rendu à tous un énorme mauvais service, parce que les travaux d'eBay dans les transactions atomiques non renouvelées, sont à l'opposé des travaux de système de réputation sur les situations sociales. Les systèmes de réputation d'eBay fonctionnent merveilleusement bien, parce qu'ils démarrent sur une transaction linéaire -- "combien d'argent pour combien de Smurfs?" -- et se transforment en une métrique qui est également linéaire.
Cela ne fonctionne pas bien dans des situations sociales. Si vous voulez un bon système de réputation, laissez-moi simplement me souvenir qui vous êtes. Et si vous me faites une faveur, je m'en souviendrai. Et je ne la stockerai pas dans mon cerveau, je la stockerai ici, à l'arrière. J'aurai juste un bon sentiment la prochaine fois que je recevrai un email de votre part ; je ne me rappellerai même pas pourquoi. Et si vous me faites une embrouille et que je reçois un email de votre part, mes tempes palpiteront et je ne me souviendrai pas même pourquoi. Si vous offrez aux utilisateurs une manière de se souvenir d'un autre, la réputation se produira et cela n'exige rien de plus que de simples "identités" persistants.
Les utilisateurs doivent pouvoir s'identifier et il doit y a une pénalité pour des modifications de "pseudos". La pénalité pour le changement ne doit pas être totale. Mais si je change mon "identité" sur le système, je dois perdre une certaine forme de réputation ou un certain type de contexte. Cela permet au système de fonctionner.
Maintenant, ceci va à l'encontre du sens que nous avions depuis les premiers écrits psychologiques à propos d'internet. "Oh, sur Internet nous allons changer d'identité et de sexe comme nous changeons de chaussettes".
Et vous voyez des choses comme l'histoire de Nicole Kaycee, où une femme au Kansas feignait d'être une étudiante de lycée, et puis parce que les amis de l'étudiante inventée du lycée se sont tant impliqués émotionnellement, elle a alors essayé de tuer le personnage de Nicole Kaycee. "Oh, elle a eu un cancer et elle est morte et c'est tragique." Et naturellement, chacun a voulu aller vers elle pour la rencontrer. A un tel point qu'elle fut prise de panique et disparut. Et sur un bon nombre d'espaces Internet, en particulier la communauté de Meta Filter, un soulèvement s'est produit pour trouver ce qui se passait et ils ont découvert le canular. C'était une sorte de mouvement d'investigation distribué.
Maintenant un certain nombre de personnes pointent cette histoire et disent "Regardez, je vous avais parlé d'identité ! Mais l'histoire de Nicole Kaycee est la suivante : changer votre identité est vraiment étrange. Et quand la communauté comprend que vous l'avez fait et que vous truquez, cela est perçu comme une transgression énorme et violente. Et ils seront capables de dépenser une quantité d'énergie étonnante pour vous retrouver et vous punir. Ainsi l'identité est un sujet beaucoup moins glissant que les premiers écrits ont bien voulu nous le laisser croire.
2.) Deuxièmement, vous devez concevoir un moyen pour qu'il y ait des membres de bonne tenue. Obligation de concevoir un moyen dans lequel les bons travaux sont reconnus. Le minimum sera de faire apparaître les billets avec l'identité. Vous pouvez faire des choses plus sophistiquées comme disposer d'un karma formel ou d'un libellé de type "membre depuis."
Je suis encore partagé sur le fait si oui ou non c'est une conception ou une acceptation. Puisque dans un sens, je pense que les membres de bonne tenue émergeront. Mais de plus en plus les systèmes que je vois se lancer de nos jours connaissent une croissance additionnelle de telle manière que vous pouvez dire quel est le degré d'implication des membres avec le système.
Il y a un modèle intéressant que je vois parmi le groupe de partage de musique qui opère entre Tokyo et Hong Kong. Ils opèrent sur une liste de diffusion qu'ils se sont installées pour eux-mêmes. Mais quand ils vendent de la musique, leur pratique est de s'envoyer mutuellement par Fed Ex? des disques durs de 180 Go. De telle sorte que vous recevez des fichiers .wav et pas des MP3 et vous les recevez en vrac.
Maintenant, vous pouvez imaginer qu'un tel système pourrait être une cible pour les organismes qui fronceraient les sourcils sur une telle activité. Aussi quand vous joignez ce groupe, votre nom d'utilisateur est apposé avec le nom d'utilisateur de la personne qui est votre commanditaire. Vous ne pouvez pas entrer sans que votre nom soit relié à quelqu'un d'autre. Vous pouvez voir immédiatement fonctionner les effets de réputation, simplement en reliant deux "handles".
Ainsi dans ce système, vous devenez un membre de bonne tenue quand votre lien commanditaire s'en va et que vous êtes là sur votre propre rapport. Si, d'un autre côté, vous désertez, non seulement vous êtes rejeté mais votre commanditaire est rejeté. Il y a un bon nombre de manières légères d'accepter et de travailler avec l'idée de membres de bonne tenue.
3.) Trois, vous avez besoin de barrières à la participation. C'est l'une des choses qui a tué USENET. Vous devez maintenir un certain coût pour joindre ou participer, si ce n'est au niveau le plus bas, puis à des niveaux plus élevés. Besoin ici d'un certaine segmentation des possibilités.
A ce stade, la segmentation peut être totale -- vous êtes dedans ou vous êtes dehors, comme avec le groupe de musique dont je viens de parler. Ou elle peut être partielle -- n'importe qui peut lire Slash Dot, les peureux anonymes peuvent émettre, les peureux non anonymes peuvent poster avec une note plus élevée. Mais pour modérer, vous devez vraiment avoir été dedans pendant un moment.
Il doit être difficile pour quelques utilisateurs de faire au moins certaines choses sur le système, ou le noyau fondateur n'aura pas les outils nécessaires pour se défendre eux-mêmes.
Maintenant, ceci va à l'encontre de la vertu cardinale de la facilité d'utilisation. Mais la facilité d'utilisation est une mauvaise piste. La facilité d'utilisation est le mauvais moyen de considérer la situation, parce que vous avez le cube de Necker tourné dans la mauvaise direction. L'utilisateur du logiciel social est le groupe, pas l'individu.
Je pense que nous avons tous participé à des réunions où tout le monde a passé un bon moment, nous nous sommes tous parlés les uns les autres, avons raconté des plaisanteries et ri, c'était une grande réunion, hormis que nous n'avons rien fait. Chacun s'amusait tellement que l'objectif du groupe fut battu en brèche par les interventions individuelles.
L'utilisateur du logiciel social est le groupe, et la facilité d'utilisation devrait être conçue pour le groupe. Si la facilité d'utilisation est seulement calculée du point de vue de l'utilisateur, il sera difficile de défendre le groupe des attaques ennemies du style "Le Groupe est son propre et pire ennemi".
4.) Et, en conclusion, vous devez trouver une manière d'épargner le groupe de la croissance. La croissance seule tue les conversations, parce que les conversations exigent des conversations bidirectionnelles denses. Dans des contextes conversationnels, la loi de Metcalfe est une drague. Le fait que la quantité de connexions bidirectionnelles que vous devez maintenir croît au carré du nombre d'utilisateurs signifie que la densité de conversations tombe très rapidement lorsque le système grandit ne serait-ce qu'un tout petit peu. D'une certaine manière, vous devez avoir laissé les utilisateurs comprendre que le moins est plus qu'un modèle, afin de les maintenir associés les uns avec les autres.
C'est une valeur inverse pour la question de croissance. Pensez à votre Rolodex. Mille contacts, peut-être 150 personnes que vous pouvez appeler des amis, 30 personnes que vous pouvez qualifier d'amis proches, deux ou trois à qui vous donneriez un rein. La valeur est inverse à la taille du groupe. Et vous devez trouver un moyen de protéger le groupe de tels effets.
Parfois vous pouvez opérer une bifurcation en douceur. Live Journal a fait la meilleure bifurcation douce jamais vue dans l'univers du logiciel, où les concepts de "vous" et de "votre groupe" sont beaucoup plus intertwingled. La taille moyenne d'un groupe du Live Journal est d'environ une douzaine de personnes. Et la taille médiane est autour de cinq.
Mais chaque utilisateur est un peu connecté à de tels autres groupes, à travers leurs amis et ainsi de suite tant que les groupes sont vrais, ils ne sont pas complètement liés -- il y a un léger chevauchement léger qui signifie que bien que la plupart des utilisateurs participent à de petits groupes, la plupart du demi-million d'utilisateurs de Live Journal sont reliés les uns aux autres par une sorte de chaîne courte.
Les canaux d'IRC et les listes de diffusion sont auto-modérés avec la croissance, parce que dès que le Rapport Signal Bruit se dégrade, les personnes commencent à partir, jusqu'à ce que ce rapport s'améliore, faisant que les personnes reviennent et que ce rapport se dégrade ainsi de nouveau. Vous obtenez ces types de modèles oscillants. Mais cela s’auto-régule.
A ce sujet mon modèle préféré est celui de Meta Filter qui est : Quand nous commençons à voir des effets de croissance, nous fermons la page nouvel utilisateur. "Quelqu'un nous cite dans la presse et vante notre taille ? Au revoir !" C'est une manière de pousser la barrière, ce qui revient à créer un seuil de participation. Et quiconque ayant placé cette page en signet se dit que "vous savez, je veux vraiment être dedans ; peut-être y reviendrai-je plus tard," tel est le genre d'utilisateur que Me Fi veut recruter.
Vous devez trouver une certaine manière de protéger vos propres utilisateurs de la croissance. Ceci ne signifie pas que le dimensionnement du système en entier ne peut pas se développer. Mais vous ne pouvez essayer d'agrandir le système en prenant différentes conversations et en les gonflant comme un ballon ; l'interaction humaine, l'interaction de "beaucoup à beaucoup" n'explose pas comme un ballon. Soit elle se dissipe, soit se transforme en broadcasting, soit elle s'effondre. Ainsi planifiez pour traiter la croissance, parce qu'elle se produira de toute façon.
Conclusion
Maintenant, ces quatre choses sont naturellement des conditions nécessaires mais non suffisantes. Je les propose davantage comme une plate-forme pour faire ressortir des différences intéressantes. Il y a quantité et quantité d'autres effets qui produisent différentes briques logicielles suffisamment intéressantes pour que vous ayez envie de maintenir plus qu'une fonctionnalité de modèle. Mais ce sont des vulgarisations que je pressens à travers une gamme de logiciel social pour les grands groupes à longue durée de vie.
En outre, vous pouvez faire toutes sortes de choses avec un groupage explicite, que ce soit des guildes dans les jeux massivement multi-joueurs, des communautés sur Live Journal ou ce que vous voulez. Vous pouvez faire des choses avec des agents conversationnels où la participation du groupe disparaît derrière l'enregistrement. Le Wikipedia à cette heure, le groupe qui collabore en ligne à une encyclopédie en ligne est l'artefact conversationnel le plus intéressant que je connaisse, là où le produit est un résultat de processus. Plutôt que de se dire "nous allons nous réunir et créer cette présentation" il est simplement "Ce qui est laissé est un simple enregistrement de ce que nous avons dit."
Il y a toutes ces choses, et naturellement ces choses diffèrent de plate-forme en plate-forme. Mais il y a ceci, je crois, un tronc commun de choses qui arriveront que vous le prévoyez ou non, et des choses que vous devriez planifier qui je pense sont invariantes à travers le logiciel communal au sens large.
Ecrire du logiciel social demeure difficile. Et comme je le disais, l'acte d'écrire du logiciel social est plus proche du travail d'un économiste ou d'un scientifique politique. Et l'acte d'héberger du logiciel social, cette relation de quelqu'un qui héberge est plus comme une relation de propriétaire avec des locataires que de propriétaires de conteneurs dans un entrepôt.
Les personnes qui vont utiliser votre logiciel, même si vous le possédez et le payez, ont des droits et se comporteront comme si elles avaient des droits. Et si vous abrogez ces droits, vous en entendrez parler très rapidement.
C'est une partie du problème de la théorie de John Hegel sur la communauté -- la communauté mène au contenu, qui mène au commerce -- théorie qui n'a jamais fonctionné. Parce qu'importe qui est venu sur le forum de discussion de Clairol, ils voulaient parfois parler de choses qui n'étaient pas des produits de Clairol.
"Mais nous avons payé ceci ! C'est le site de Clairol !" Peu importe. Les utilisateurs sont là pour se parler les uns avec les autres. Ils peuvent être présents sur du matériel et du logiciel payés par vos soins, mais les utilisateurs sont là pour être l'un avec l'autre.
Les modèles ici que je suggère, tant pour les choses à accepter que les choses à concevoir, sont donnés. Assumez-les comme une sorte de plate-forme sociale. Ce n’est qu’ensuite que vous pouvez commencer à construire dessus des applications intéressantes qui je pense seront le résultat réel de cette période d'expérimentation avec le logiciel social.
Merci beaucoup.
Publié le 30 juin 2003 sur la liste de diffusion "Networks, Economics, and Culture".
Seul le lien original fait office de référence :
http://shirky.com/writings/group_enemy.html
Notes des traducteurs :
1 Un langage commun pour la conception participative (pattern) pour maintenir un grand groupe dans la durée.''
2 Concernant la traduction de handles : "Handles System" fait l'objet d'un rfc :
http://www.ietf.org/rfc/rfc3650.txt. Il semble qu'il s'agisse d'un système permettant la gestion de l'identité des ressources sur le réseau, avec une notion de persistence :"The Handle System is a comprehensive system for assigning, managing, and resolving persistent identifiers, known as "handles," for digital objects and other resources on the Internet. Handles can be used as Uniform Resource Names (URNs)."(src:
http://www.handle.net/introduction.html).
- Apparemment dérivé également du jargon de la CB
- handle n. 1. [from CB slang] An electronic pseudonym; a nom de guerre
intended to conceal the user's true identity. Network and BBS handles
function as the same sort of simultaneous concealment and display one
finds on Citizen's Band radio, from which the term was adopted. Use of
grandiose handles is characteristic of warez d00dz, crackers,
weenies, spods, and other lower forms of network life; true hackers
travel on their own reputations rather than invented legendry. Compare
nick, screen namepseudo electronique. (src:
http://dict.die.net/handle/)
Dernière modification le mardi 18 octobre 2005 19:49:35
clay@shirky.com


