Protogènede Rhodes

Effacez Moi

Protogène de Rhodes. Peintre grec du IVe siècle avant J.-C.

"On sait ce qui se passa entre Protogène et lui (Apelle) : Protogène résidait à Rhodes; Apelle, ayant débarqué dans cette île, fut avide de connaître les ouvrages d'un homme qu'il ne connaissait que de réputation; incontinent il se rendit à l'atelier. Protogène était absent, mais un grand tableau était disposé sur le chevalet pour être peint, et une vieille femme le gardait. Cette vieille répondit que Protogène était sorti, et elle demanda quel était le nom du visiteur : «Le voici,» répondit Apelle; et, saisissant un pinceau, il traça avec de la couleur, sur le champ du tableau, une ligne d'une extrême ténuité. Protogène de retour, la vieille lui raconte ce qui s'était passé. L'artiste dit-on, ayant contemplé la délicatesse du trait, dit aussitôt qu'Apelle était venu, nul autre n'étant capable de rien faire d'aussi parfait. Lui-même alors, dans cette même ligne, en traça une encore plus déliée avec une autre couleur, et sorti en recommandant à la vieille de la faire voir à l'étranger, s'il revenait, et de lui dire : «Voilà celui que vous cherchez.» Ce qu'il avait prévu arriva : Apelle revient, et , honteux d'avoir été surpassé, il refendit les deux lignes avec une troisième couleur, ne laissant plus possible même le trait le plus subtil. Protogène s'avouant vaincu, vola au port chercher son hôte. On a jugé à propos de conserver à la postérité cette planche admirée de tout le monde, mais surtout des artistes. J'entends dire qu'elle a péri dans le dernier incendie qui consuma le palais de César sur le mont Palatin. Je me suis arrêté jadis devant ce tableau, ne contenant rien dans son vaste contour que des lignes qui échappaient à la vue, paraissant comme vide au milieu de plusieurs excellents ouvrages, mais attirant les regards par cela même, et plus renommé que tout autre morceau."

PLINE L'ANCIEN, Histoires naturelles, Livre XXXV, XXXV, traduit et annoté par Émile Littré, Paris, éd. Dubochet, 1848-1850, tome 2, p.475-477

Il faut retenir de cette anecdocte, c’est que tout simplement le tableau le plus célèbre de l’antiquité était un tableau que le XXième siècle pourrait considérer comme abstrait car il n’y a pas d’apport de figuration, juste des lignes. Il est à noter, chose intéressante que Pline précise que ce tableau n’avait d’intérêt que pour les artistes et non pour pour spectateur extérieur: ce qui peut qualifier l’art abstrait du XXième, hermétique s’adressant aux artistes et aux initiés possédant un savoir et une lecture spécifique dans le domaine. Ce qui tranche avec une réalisation du XXième, c’est que la réalisation du tableau entre Protogène et Apelle s’articule autour du savoir-faire et d’un contrôle de la main. Le savoir-faire et la technique furent abandonnés au XXième siècle pour une recherche de l’instantané, de la sensation ou d’un retrait de l’artiste même.

Vincent Bedu--Annuaire Anecdotiquedelart


Category Art

Dernière modification le vendredi 17 février 2006 15:36:37

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