Les Blogs /Phénomène

Titre 2 - Le phénomène blog

Chapitre 1 - Bref historique

Naissance de la blogosphère

Glenn Reynolds voit dans la blogosphère un phénomène comparable à la naissance des cafés en Europe au XVIIIème siècle. Les cafés sont alors devenus des lieux au sein desquels les intellectuels pouvaient lire leur journal, se rencontrer, débattre. Ils représentaient un lieu de socialisation entre le lieu de travail et le domicile. De nombreuses grandes idées y sont nées.

Chapitre 2 - Ses origines et les raisons de son expansion rapide

Diffusion d’internet et de son utilisation

Bien entendu le développement des blogs n’a pu être possible que grâce à l’assise, que la diffusion désormais très large d’Internet, lui confère.

Le recul est désormais suffisant pour que le réseau soit bien implanté, bien que le haut-débit soit seulement maintenant en train d’accomplir son véritable décollage, l’utilisation d’Internet, et sans doute est-ce là le point crucial, est désormais passée dans les mœurs d’une part importante de la population.

Fort de cette masse critique d’utilisateurs avertis, les blogs se développent, puisant dans ce public à la fois leurs auteurs et lecteurs.

Les blogs, enfants de l’internet, usent aussi de nombre de ses caractéristiques pour se développer. Ainsi, la pratique des Blogrolling encourage le lecteur d’un blog à découvrir et lire de nombreux autres blogs. Le blogrolling, bien que cela ne soit pas son but premier, est un agent puissant d’autopromotion au service des blogs ce qui a fortement contribuer à ce titre à leur expansion exponentielle.

Les blogs sont dans la lignée de bien d’autres outils du web

{{à venir tableau coparatif entre chat, forum, blog,…}}

Les blogs constituent un phénomène important au sein de l’Internet, bien qu’en fait on peut considérer qu’ils n’inventent que peu de choses. En effet, le format assez court des posts, n’a pas été crée par les blogs. Ce format est né progressivement lors de l’utilisation de Usenet puis des forums ou du chat. En effet, l’internaute multiplie les interventions au fil de sa journée dans les chats, forums, etc,… il ne peut donc tout simplement pas se permettre d’écrire un roman pour chacune d’elle.

Le format et le style des écrits sur Internet ont souvent tendance à être dans une zone intermédiaire entre ce qui se pratique pour les écrits papier « traditionnels » et la conversation orale très informelle par nature plus spontanée.

On peut ainsi s’étonner des excès de certains qui semblent voir dans les blogs un phénomène totalement novateur. On lira utilement sur ce point John M. Grohol « Psychology of weblogs : everything old is new again», 17 juin 2002. Sans n’être, non plus, qu’une mode, les blogs ont sans doute su cristalliser, synthéser, un ensemble de phénomènes, d’usages existants sur internet et ont su trouver une forme répondant visiblement très bien aux besoins d’expression des internautes. C’est ainsi qu’ils connaissent, sans pour autant être totalement novateurs, un tel succès.

La simplication des systèmes de publication

Pendant longtemps les possibilités pour disposer d’un site Internet ont été réduites aux trois possibilités suivantes :

  • site web perso, géré par leur auteur qui a un minimum de connaissances techniques
  • site web conçu par un prestataire et mis à jour de temps en temps par ce dernier ou par son client au travers une interface conçue par ses soins, donnant un peu de souplesse
  • sites web reposant sur des systèmes de gestion de contenu assez complexes à configurer.

Des sociétés ont rapidement proposé des systèmes de plus en plus simples de publication. Pitas est la première à avoir lancé les blogs « clés en mains » en juillet 1999, suivie en août de la même année par Pyra Labs, au travers de son service Blogger, actuellement le plus utilisé (Vous lirez utilement le blog de Rebecca Blood, rebecca’s pocket, « weblogs a history and perspective » - 7 septembre 2000). Le succès de blogger "En terme de nombre d’utilisateurs puisqu’au niveau de la rentabilité économique le business modèle semble encore difficile à trouver" démontre qu’il a su rencontrer un besoin important des utilisateurs.

Parallèlement aux systèmes de blogs « clés en mains » sont apparus dans l’esprit des logiciels libres en licence GNU , des systèmes de publications de plus en plus puissants, qui tout en nécessitant certaines connaissances informatiques donnent des possibilités très puissantes et réellement professionnelles. Ils s’apparentent en quelque sorte à des blogs en kit si on les comparent aux blogs « clés en mains » vu précédemment. Ainsi, l’excellent SPIP (SPIP a par exemple été utilisé pour ce site. Pour en savoir plus http://www.uzine.net/spip/) a utilisé non seulement par des amateurs éclairés mais aussi par le Monde Diplomatique , France 2, etc,…

Du côté des lecteurs des blogs, les logiciels d’agrégateurs de nouvelles simplifie la lecture et le suivi des mises à jour. Ces systèmes simples, voir parfois simplissimes, souvent gratuits ou presque et pourtant très puissants dans leur fonctionnalités ont donné de solides fondations pour le développement du phénomène blogs.

Les blogs sont très loin des sites perso en terme de fonctionnalités car ils reposent sur le langage XML très structuré et constituent de véritables plates-formes d’édition à la portée de tous.

Les blogs reposent sur des technologies ouvertes

Les bloggers forment une communauté totalement décentralisée, et qui a cependant su mettre en place des standards qui ont permis la diffusion des outils de blogs sans grand problème de compatibilité.

A ce titre cette communauté qui utilise nombre de systèmes développés selon le modèle Open Source (Quelques exemples parmi tant d’autres d’outils de gestion de contenu – catégorie plus large que les blogs puisqu’elle les contient - : Scoop, Slashdot) se développe à une vitesse qui n’est pas sans rappeler celle de Linux en terme de nombre d’utilisateurs. Pour autant bien sûr tous les outils de blogs loin de là ne sont pas Open Source, ce qui ne les empêche pas par contre de se conformer à la majorité des standards couramment utilisés par les blogs et d’être disponibles en version gratuite.

La communauté des blogeurs a la grande chance de compter parmi ses membres nombre de spécialistes des technologies web ainsi que des développeurs de logiciels. Cette « double casquette » leur a permis de hisser les blogs à la pointe des outils de gestion de contenu bien qu’ils soient destinés à un usage plutôt personnel.

L’esprit de partage est très développé. De nombreux développements techniques sont testés par la communauté des blogeurs et les développements les plus utiles sont rapidement transformés en outils utilisables facilement par tous les bloggers.

Si le contenant fonctionne donc sur un modèle libre et ouvert le contenu publié sur les blogs l’est à son tour dans des formats très ouverts (XML-RPC, RSS,…) conçus pour être facilement diffusés.

Contenants et contenus ont donc été conçus dans un esprit de libre échange des connaissances, des flux d’informations ainsi les améliorations apportées par chacun profitent rapidement à tous ce qui a contribué à l’extension rapide des blogs.

L’actualité tragique et l’évolution naturelle du rôle et de la nature des médias

L’Amérique du Nord pionnière dans l’utilisation de l’Internet, a ici encore initiée le phénomène des blogs. Plusieurs facteurs ont contribué à l’expansion fulgurante des blogs.

Un des premiers est l’utilisation à des fins de discussions par blogs interposés qu’en on fait certains carnetiers. De véritables débats ont ainsi pu être menés entre carnetier . Des liens renvoyant d’un blog à l’autre permettant, bien que les blogs soient indépendants, de suivre le fil de la discussion. N’importe qui peut participer au débat à condition d’avoir soi-même un blog. La seule condition pour participer au débat est d’être en quelque sorte accepté par les protagonistes. Cette acceptation informelle, élargissant le débat, prend la forme de liens des blog des carnetiers participant déjà au débat vers les nouveaux blogs participant.

Mais les blogs, souvent définis comme « journaux intimes en ligne » ont connu leur essor médiatique « grâce » au 11 septembre 2001. En effet, cet événement tragique a dressé la quasi totalité des médias américains aux côtés de l’administration Bush ne laissant ainsi que peu de place aux voix discordantes qui ont pu trouver au sein du web et des blogs en particulier un moyen d’expression. Compte-tenu de la qualité de certains blogs publiés à cette occasion et de leur retentissement, la notoriété de l’outil blog a été accrue de façon importante. Les blogs ont aussi su répondre à un besoin de se rapprocher les uns des autres ainsi, Virginia Postrel, ex-éditrice du magazine américain d'opinion Reason [Citation tirée du le Journal du Net, mardi 10 septembre 2002, « Ces weblogs qui intriguent le net », url à retrouver sur Google], souligne qu'après "avoir atteint le 'ground zero', les américains ont eu le désir de savoir ce que leurs collègues, leurs voisins et le monde entier pensaient et ressentaient. Les weblogs fournissaient le moyen idéal de transmettre ces impressions". Glenn Reynolds, responsable d’Insta Pundit?, un des blogs ayant le plus de succès, a aussi constaté (Guardian Online, 20 février 2003, Glenn Reynolds, “On the warpath”, url à retrouver sur Google) le véritable décollage des blogs après le 11 septembre.

Avec le 11 septembre sont nés ceux qu’on a qualifié les warblogs. Ils ont décrit le 11 septembre puis la guerre contre le terrorisme et ont donc « couvert » tout naturellement la guerre en Irak. Sur un sujet un peu différent, mais où l’aspect de lutte planétaire est aussi présent, sont nés les blogs concernant l’épidémie de pneumopatie atypique.

Cette actualité tragique a donc permis aux blogs de sortir des thèmes uniquement liés aux nouvelles technologies pour s’ouvrir plus largement à l’ensemble de l’actualité. Une fois ces tensions extrêmes retombées, la popularité de l’outil que constituent les blogs devrait elle continuer de croître.

chapitre 3 – Les différents usages d’un blog

Carnet de bord

Cet usage est le plus courant et le plus connu des usages du blog. C’est lui qui a contribué à son succès et à sa propagation rapide.

Il montre aussi que le blog est avant tout un outil personnel, même si il permet de s’insérer dans des communautés parfois très soudées de bloggers ayant les même centres d’intérêts.

Journalisme amateur

Nombre de bloggers font preuve d’un talent certain. En effet, experts dans leur domaine leur prose et surtout la pertinence de leurs écrits n’a rien à envier à certains journalistes. On peut d’ailleurs considérer que les blogs sont l’outil qui permet à ses journalistes amateurs de se révéler.

Bien sur, dans ce type d’exercice, le meilleur peut côtoyer le pire mais nous verrons qu’une sorte de sélection naturelle s’opère pour permettre aux blogs de qualité de se dégager des autres grâce à une visibilité supérieure au sein de la blogosphère.

{{Attention car le chapitre 4 traite aussi de l’impact des blogs sur le journalisme.}}

Partage et gestion de connaissances

{{Ce paragraphe ainsi que le chapitre sur les usages des blog doit être largement encore complété}}

Chapitre 4 – Les raisons du succès et de l’impact des blogs

Ils réalisent certaines attentes que le réseau Internet avait fait naître

Grâce à leur simplicité d’utilisation ils constituent un lieu d’expression commode car plus simple à gérer qu’un site personnel. En effet, les sites personnels ont connu et connaissent encore beaucoup de succès. Les hébergeurs gratuits ont permis cette démocratisation, notamment au traver d’outils et interfaces de plus en plus simples et de tutoriels multiples. Cependant un minimum de connaissance en informatique se révélaient nécessaires : html, notions de bases des réseaux, manipulation de fichier graphique, etc… Sans ces connaissances les créateurs de sites ne pouvaient au mieux que se contenter de gabarits très contraignants et encore ceux-ci ne gommaient pas toutes les difficultés.

Avec les blogs, est né un outil conçu pour publier ses idées aussi souvent qu’on le souhaite d’un simple clic et avec la même complexité qu’un logiciel de traitement de texte. Le principe de la gratuité a été conservé. Les blogs sont une technologie disruptive, c’est à dire qui crée une véritable rupture au sein des technologies de publication. Certains voient dans la simplicité d’utilisation des blogs les facteurs qui vont en faire une « killer application » à l’image du succès phénoménal de l’email à l’utilisation elle aussi simplissime. Pour Andrew Sullivan, les blogs font avec le contenu éditorial ce que Napster a fait avec la musique ( « The blogging Revolution » Andrew Sullivan, Wired May 2002, retrouver l’url de ce texte sur Google). Pour Karl Dubost, conformance manager au W3C (World Wide Web Consortium) : "Dès que les hébergeurs proposeront des weblogs, les internautes se précipiteront" (Interview au Journal du Net du 17 septembre 2002.).

Enfin, les blogs ont permis au web de n’être pas seulement un ensemble de sites statiques plus ou moins bien reliés entre eux mais de devenir réellement une vaste bibliothèque constituée par des contenus intelligemment reliés par des liens constamment mis à jour. En cela ils concrétisent pleinement une des potentialités les plus intéressantes du web.

L’organisation même des blogs crée des mécanismes vertueux valorisant la qualité des contenus produits par les blogeurs

La création d’un blog étant à la portée de n’importe qui, le risque était grand que les blogs diffusent aussi n’importe quoi. Cependant, des mécanismes régulateurs agissent qui contribuent à mettre « sur le devant du web » les blogs dont la qualité est la meilleure.

Sébastien Paquet (Voir son excellent blog en anglais Seb’s Open Research concernant les blogs.), de l’Université de Montréal, a très bien démonté un de ces mécanismes interne aux blogs. Il explique comment les blogs « stimulent la qualité ». En effet, les liens hypertextes sélectionnés par un blogger et mis à disposition sur son blog orientent vers les sites ou blogs dont il juge qu’ils sont de qualité. Il contribue ainsi à les mettre en avant. Ce mécanisme en se reproduisant sur tous les blogs fini par créer un cercle vertueux à l’image de ce qui se produit dans la littérature universitaire : les articles les plus souvent cités sont les plus lus et donc les plus cités.

Par ailleurs les moteurs de recherche tel que Google accentuent encore ce phénomène puisqu’ils accordent les meilleures places du classement des résultats notamment en fonction de la popularité de la page web (c’est à dire du nombre de liens hypertextes pointant vers elle).

David Walker (David Walker, “Of Google, Amazon and Weblogs: reputation management evolves” http://www.shorewalker.com/pages/reputation_manager.html) analyse ce principe comme un système de gestion de la réputation. Il a été introduit sur le web non seulement par Google mais aussi par des sites comme Amazon ou eBay qui demandent à leurs utilisateurs de donner des appréciations, voir même qui collectent automatiquement des données sur leurs comportements puis les utilisent pour afficher la popularité de tel ou tel produit voir même la fiabilité supposée d’un vendeur dans le cas d’eBay.

Un autre facteur crucial contribuant à la qualité des blogs est le fait que leur contenu est clairement associé à leur auteur et qu’en plus ces contenus sont consultables très facilement sous forme d’archives. Ceci n’est par exemple pas le cas dans un forum ou un auteur peut intervenir régulièrement sans pour autant qu’il soit possiblement de voir aisément toutes ses contributions sur ce forum. Les blogs donnent un sens à la construction d’une réputation pour chaque blogger. Chaque auteur possédant son blog peut en quelque sorte capitaliser sur sa réputation grâce à ce blog ce qui était beaucoup plus difficile à faire lorsqu’il disséminait ses interventions dans de multiples forums dont il ne gérait en plus pas lui-même le contenu. Le blog assure la stabilité nécessaire à l’établissement de relations dans la durée : relations entre bloggers, relations entre le blogger et ses lecteurs. Cette stabilité contribue à la qualité des contenus.

Les blogs : réponse à des besoins d’ordre psychologiques

Comme l’écrit brillamment Dolores Tam (Dolores Tam dans son blog « Les coups de gueules de la grande rousse », « Cybernarcissisma, mon vautour ... » url à retrouver sur Google) et en guise d’avertissement « cybernarcissisme : plusieurs y sont sensibles et savent l'éviter. D'autres n'y voient que du feu et s'y laissent consumer ». On peut en effet trouver de nombreuses raisons d’ordre psychologique – plus ou moins valorisantes - qui expliquent le nombre si important et sans cesse grandissant de blogueurs.

Satisfaction de l’Ego : certaines personnes ont besoin de sentir qu’elle compte aux yeux des autres, qu’elles sont au centre de l’attention. Rendre publiques leurs avis, pensées, ou leur faits et gestes quotidiens dont l’importance et l’intérêt n’a pas de doute à leurs yeux, les remplit de satisfaction. Ainsi pour Scott Rosenberg (cité par Francis Pisani sur le blog http://www.bcrux.com « Et maintenant les blogs » 4 janvier 2003 ), rédacteur en chef de Salon.com les blogs obéissent à une sorte « d’économie de l’ego ». Publier ce qu’il pense, recevoir des commentaires le font « se sentir bien ».

Besoin de s’affirmer au sein de la société : afin de se prouver qu’elle existe et qu’elle n’est pas un simple rouage dans la société ou membre d’une organisation, une personne peut au travers de son blog montrer en quoi elle est différente, se démarque des autres. Cet aspect, contrairement au précédent assez excessif, est sans doute assez répandu.

Moyen de s’évader : le blog peut représenter un espace ou exprimer librement sa créativité, voire même sur un autre registre un défouloir. En effet, être en ligne a un effet désinhibant. Cette désinhibition est liée pour John Suler (John Suler. (2002). “The Online Disinhibition Effect”. In The Psychology of Cyberspace (orig. pub. 1996) ) aux facteurs suivants :

  • Anonymat. Le blogger a la possibilité de prendre un faux nom. Ainsi les pseudos sont fréquents.
  • Invisibilité. Le blogeur n’est pas en situation de face à face avec son public.
  • Asynchronisme : écrire et lecture du blog ne se font pas nécessairement au même rythme ou aux mêmes heures
  • Nivellement : dans les contacts établis au travers d’Internet les différences, écarts, tout de suite visibles dans le même réel disparaissent. Chacun à les mêmes possibilités de s’exprimer.

Bien sûr les facteurs expliquant cet effet désinhibant ne sont pas propres à l’Internet, puisqu’ils se retrouvent sous diverse formes avec les mêmes effets dans la communication écrite en général ou dans l’utilisation du téléphone dans une moindre mesure.

Besoin de partager avec les autres : le blog peut constituer un outil de socialisation. Il permet de s’insérer dans une communauté de blogeurs partageant les même centres d’intérêts. Il peut ainsi être l’occasion d’échanges, de débats. Il peut aussi faire naître un lien entre le blogger et ses lecteurs (les lecteurs pouvant bien sûr être ou non eux-mêmes des bloggers). En ce sens un blog est donc loin d’être seulement un journal intime en ligne, la dimension d’échange est centrale sinon le blogger ne rendrait pas son blog public. Consciemment ou inconsciemment les commentaires de ses lecteurs, les échanges avec d’autres blogeurs sont ce que le blogger attend.

En définitive, au travers du blog en perpétuel élaboration c’est aussi l’identité du blogger qui se construit. Comme l’explique d’ailleurs le théoricien des médias Joshua Meyrowitz (Joshua Meyrowitz, 1985, « No Sense of Place : The impact of Electronic Media on Social Behavior ». New York: Oxford University Press), l’adoption d’un nouveau média – et tel est encore le statut d’internet et des blogs – semble impliquer un déplacement ou un obscurcissement des limites entre les sphères privées et publiques. Au travers notamment des blogs – puisque ce sont les sites perso et les forums qui ont initié ce mouvement – le web est en train de devenir ce que Thomas Erickson (Thomas Erickson, Advanced Technology Group Apple Computer, Inc. “The World Wide Web as Social Hypertext”. January 1996) qualifie d’un véritable « Hypertexte Social ». Les nœuds du réseau ne sont plus vraiment des machines mais des personnes qui renvoient au travers des liens vers d’autres personnes, d’autres endroits dignes d’intérêts.

Les blogs constituent une réponse au problème de la surinformation

Il est communément admis que nous sommes désormais surinformés, c’est à dire que nous croulons sous une quantité très importante d’informations. La difficulté n’est donc plus de trouver des informations mais de les authentifier, les hiérarchiser afin de déceler celles qui sont importantes et crédibles.

Les bloggers effectuent un important travail de filtrage de l’information qu’ils trouvent sur le web, c’est en cela qu’ils apportent une réponse au problème de surinformation. Les journalistes n’ont parfois que quelques heures pour écrire un article alors que les bloggers auront des jours pour le commenter, le critiquer, le complèter.

Sur un thème précis, une fois que vous avez identifié quelques blogs sérieux, en consultant leurs archives et en analysant leur point de vue sur des sujets que vous connaissez bien, en appréciant la pertinence et la qualité des sites vers lesquelles ils renvoient, vous pouvez par la suite les utiliser comme une source d’informations fiables voir un véritable service d’alerte (sur cette question : Search Day?, june 14, 2001 – Number 29. “Pass Me the Blog, Please”. Newsletter gratuite du site Search Engile Watch, retrouver l’url sur Google).

La supériorité des blogs sur d’autres types de média est que vous aurez une meilleure connaissance de leurs auteurs dont vous pouvez consulter aisément toutes les archives et du fait qu’ils sont gratuits. Un blog est en quelque sorte un ami à qui vous demanderiez conseil et dont vous savez d’expérience qu’il a un jugement sûr, à la différence importante qu’il vous suffit de consulter le blog d’y prendre les informations qui vous intéressent sans être en rien redevable de quoi que soit au blogger. Ceci est une des grandes forces du web « hypertexte social ».

Bien entendu, cela n’enlève rien à la qualité de la source d’information que peut constituer un journal, une télévision, etc,… Les blogs constituent juste un complément, une source alternative, qui peut parfois dénoter avec le discours ambiant ou être très performante sur des sujets peut couverts par les médias. Les blogs en plus ne connaissent pas les contraintes de validation avant publication que connaissent – et c’est ce qui contribuent à leur qualité – les médias professionnels. Les médias eux-mêmes ne s’y sont pas trompés en incluant de plus en plus les blogs parmis leurs sources d’informations.

Alors même qu’on pourrait considérer que les blogs participent à la surinformation en permettant à n’importe qui de devenir à son tour producteur d’informations et donc d’aggraver en quelque sorte la situation de surinformation que nous connaissons, c’est bien en faisant naître un rapport différent de celui qui nous lie aux médias traditionnels que les blogs contribuent au final à apporter des réponses au problème de surinformation.

La relation complexe entre blogs et médias

Quand on sait que le New York Times et le Guardian (Guardian Unlimited Weblog) disposent de leurs propres blogs, que de nombreux journalistes, parmi les plus talentueux disposent aussi d’un blog à titre personnel ont comprend que la relation entre les blogs et les médias est quelque chose de complexe et qu’on ne peut par conséquent réduire les blogeurs au rang d’apprentis journalistes.

Pour comprendre cette relation, rappelons-nous ce qu’est un média et comment il crée, utilise, recycle l’information qui constitue sa matière première.

Les médias font véritablement l’information en choisissant de décrire, d’étudier, d’analyser certains faits d’actualités. Ils puisent leur matière brute dans une multitude de sources : le travail des agences de presse leur permet d’être rapidement informés des faits majeurs, leurs propres journalistes vont aussi à la recherche de l’information, les autres médias enfin constituent aussi une source d’information. Cependant, il y a toujours des faits qui échappent pour tout ou partie aux médias.

C’est ici que les blogs peuvent intervenir en tant que source complémentaire d’informations pour les médias traditionnels. En effet, un blogger qui est parfois un spécialiste dans son domaine, par exemple lorsqu’il y exerce sa profession qui, plus est, à un haut niveau de responsabilité, et qui va échanger au sein d’une communauté de bloggers sur un thème précis, constitue pour un journaliste une source d’information très qualifiée.

Le blogger peut aussi être le témoin d’un événement. Le 11 septembre est à nouveau l’exemple de l’importance qu’on pris les témoignages des blogeurs en apportant une source considérable de témoignages (Les forums, chats et listes de diffusion ont aussi servi de support à ces témoignages mais les blogs permettent généralement à leur auteur d’aller plus loin dans son témoignage qu’il peut compléter jour après jour et que le lecteur peut facilement parcourir.).

Les blogeurs ajoutent ici « du contexte » à l’information (Sur ce thème à paraître : Dan Gillmor, « Making the News » , O’Reilly). Cette nouvelle approche de l’information et de la possibilité de rendre facilement disponible le contexte d’un événement n’est pas exploité que par les blogeurs. A titre d’exemple le Département de la Défense Américain, met désormais en ligne à disposition de tous les retranscriptions des interviews données par les membres les plus éminents de cette administration afin que l’ensemble du contexte d’une interview soit disponible et ainsi de rendre tous montages ultérieurs difficiles.

Au niveau technologique, les formats RSS ou XML dans lesquels les blogs sont consultables par l’intermédiaire d’agrégateurs de nouvelles, permettent de consulter de nombreux blogs exactement comme on consulterait un fil de presse, mettant ainsi les blogs presque au niveau technologique des plus grandes agences de presse.

Toujours au niveau technologique, les mobiles équipés d’appareil photo voire de caméra vidéo vont être de plus en plus répandus et avec eux la pratique des moblogs, c’est à dire la possibilité de mettre à jour son weblog depuis son mobile, par exemple en y publiant une photo qu’on vient de prendre. Si plusieurs mobloggers sont témoins d’un événement majeur, les clichés seront ainsi facilement disponibles pour le public et la presse afin de pouvoir mieux comprendre et analyser l’événement en question. Bien sûr, les questions de validation de l’information ne manqueront pas de se poser qu’il s’agisse de photos publiées sur un moblog ou d’informations diffusées sur un weblog. Les blogs accomplissent eux-mêmes plutôt bien ce travail de vérification des informations diffusés en leur sein c’est d’ailleurs en cela qu’ils s’apparentent plus à une discussion qu’à une simple publication. La possibilité même de commenter chaque post d’un blog et pour le lecteur de consulter ces commentaires, permet généralement de bénéficier des compléments d’information voir de corrections.

Le travail du journaliste conserve donc bien sur tout son sens car le véritable journaliste reste celui qui saura restituer cette actualité dans son contexte, la traduire en terme compréhensible pour les non ou peu initiés, recouper les informations afin d’être sûr de leur authenticité, ce que des bloggers même très compétents ne sauront ou n’auront pas le temps ou la volonté de faire.

Mais la relation entre les blogs et les médias est bi voir multilatérale. En effet, les blogs ne sont pas qu’une source d’informations ou des concurrents pour les médias. Les blogs vivent aussi « grâce » aux médias. Une majorité des liens présents sur les blogs renvoient vers des articles écrits par des journalistes. Les blogeurs vont critiquer, commenter, compléter les articles en question. Pour autant ces articles constituent pour eux une sorte de matière première au même titre que des journalistes peuvent reprendre des faits présenter dans un blog pour écrire un article.

Les lecteurs, l’audience, en un mot les consommateurs d’informations que nous étions peuvent maintenant jouer un rôle, même si il reste souvent faible, dans la production de l’information. Internet et les blogs constituent des outils d’information, de collaboration et de diffusion qui modifient considérablement la donne du jeu médiatique.

Si beaucoup d'acteurs de la presse ont adhéré à ce discours méfiant, voyant au travers des weblogs apparaître une nouvelle forme de concurrence, d'autres ont en revanche choisi de rebondir sur le phénomène. Certains grands quotidiens en ligne s'essaient désormais au "weblogging". Une solution pratique qui leur permet notamment d'ouvrir un espace dédié à leurs grands reporters ou à leurs spécialistes qui peuvent directement publier en ligne des analyses ou des commentaires. Sur le site du New York Times, Paul Krugman, nominé au Prix Nobel d'économie, bénéficie d'un tel dispositif. La presse en ligne se met au weblogging.


Kuro5hin.org /Slashdot : l’avenir du journalisme ?

Kuro5hin et Slashdot sont des sites d’informations qui sans être tout à fait généralistes ne traitent pour autant pas uniquement des nouvelles technologies (en particulier pour Kuro5hin). Ces sites ont apporté une réponse totalement innovante à la question de savoir si les bloggers sont ou non des journalistes.En effet, ils sont en quelque sorte auto-gérés par les visiteurs du site qui n’ont qu’à s’inscrire pour proposer leurs contributions à la publication. Des systèmes reposant sur une utilisation optimale des technologies permettent le filtrage, le vote, l’amélioration et la correction sur les articles proposés puis publiés afin que le site bien qu’administré de façon décentralisé propose des articles de grande qualité. Le mode de fonctionnement du site permet d’obtenir des articles très intéressants enrichis progressivement par nombre de contributeurs. Ces sites ne sont pas exactement des blogs dans la mesure où toutes les caractéristiques d’un blog ne sont pas réunies cependant ils sont dans la même mouvance dans la mesure où leurs technologies sont Open Source, les contributions sont faites plutôt par des amateurs, le style est très semblable du fait des nombreux liens présents, les mécanismes collaboratifs qui leur permettent de fonctionner sont semblables à l’esprit qui règne entre bloggers. Ces 2 sites grâce aux mécanismes qu’ils ont mis en place, reposant sur une utilisation optimale des technologies, sont véritablement en train de créer de nouveau types de médias dans lesquels une collaboration optimale entre « amateurs » permet d’obtenir des contenus de grande qualité.Du fait même de leur organisation, leur style, à l’image de celui des blogs, est très particulier. Ils offrent ainsi une information non pas meilleure ni moins bonne mais tout simplement différente de celle proposée par les médias traditionnels.

En savoir plus : http://www.kuro5hin.org et http://www.slashdot.org


Chapitre 5 – Les limites du phénomène et les problèmes posés par les blogs

{{Toutes vos remarques sont les bienvenus – Les bloggers blasés peuvent intervenir ici si les autres parties les auraient moins inspirées}}

La traduction en cours en français de l'article de Rebecca Blood pourrait se terminer sur Crao Wiki en Traduction Collaborative ? ;) -- Christophe Ducamp

Dernière modification le mercredi 14 mai 2003 11:15:48

Notice: '[Citation tirée du le Journal du Net, mardi 10 septembre 2002, « Ces weblogs qui intriguent le net », url à retrouver sur Google': Nom de page invalide : : trop long

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