Karibou Diogène Même Combat

Laurent Lunati, vrai humain étiqueté par un Vrai Nom, écrivait sur Supprimons Supprimons :

"Par exemple, le "C'est quoi beau ? Kari Bou" n'est pas assimilable à de l'ironie ou à du breaching, par le simple fait que Kari Bou n'est pas un individu mais un pseudo, ce qui ne permet pas de donner valeur à son intervention. Diogène qui interrompt Platon dans l'affaire du poisson, ou qui remet Alexandre le Grand à sa place ("Ote-toi de mon soleil.") le fait en tant que Diogéne et le fait de façon publique dans le cadre d'un dialogue. Il est d'ailleur amusant de noter que ce même Diogéne se promenait en plein jour avec une lanterne et répétait : «Je cherche un homme.», était t'il lassé de ne croiser que des masques ? Ce que fait Kari Bou, donc, mérite le Hors Sujet car il n'est pas identifié comme individu, n'invitant, ainsi, pas au dialogue. Son intervention n'est qu'une déjection de sa sphère privée qu'il laisse sur l'espace public."

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On ne doutera pas que l'auteur de ces lignes n'ait longuement pesé chacune de ces assertions, il est juste regrettable que pas une seule d'entre elles ne soit juste.

1°) "Par exemple, le "C'est quoi beau ? Kari Bou" n'est pas assimilable à de l'ironie ou à du breaching."

---> ...Les concepts d'ironie ou de breaching n'enveloppent nullement ceux d' individu non pseudonymique ou de pseudonyme non individuel.

"Breaching":
"--Un membre est donc une personne "dotée d'un ensemble de procédures, de savoir-faire qui la rendent capable d'inventer des dispositifs d'adaptation pour donner sens au monde qui l'entoure".
--Comme je l'ai expliqué dans la notion d'indexicalité, il est très difficile de mettre à jour la connaissance des règles de l'ordre de social. Lorsque nous devenons membre d'une micro-ethnie et que nous partageons le même sens commun, la situation est telle qu'elle devient naturelle et nous ne la percevons plus, et c'est seulement lorsqu'il y a une sorte de cassure que nous la percevons de nouveau.
--Ces conduites "anormales ou déviantes" sont appelées "Breaching" par Garfinkel."
(page d'ethnométhodologie, c'est-à-dire de la science humaine qui introduit le concept de breaching)

Le breaching est bel et bien une pratique "anormale ou déviante" (et aus passage, le membre selon Garfinkel n'est pas celui qui a sa carte du groupe ou celui qui signe sous son Vrai Nom, mais celui qui est doté "d'un ensemble de procédures, de savoir-faire qui la rendent capable d'inventer des dispositifs d'adaptation pour donner sens au monde qui l'entoure", --et c'est justement cette liberté qui rend possible la déviance qui brise les codes. Cela signifie que la définition de ce que sont un groupe, un membre, une communauté, etc. par Laurent Lunati n'est qu'une définition parmi tant d'envisageables.)

"Ironie"::

Voir le DITL par exemple. Ou le Gradus. Ou une bonne encyclopédie. Ou même une mauvaise.

Notons d'ailleurs que (encore le DITL),

"L'ironie au sens primitif est d'abord et exclusivement d'ordre philosophique. Liée à la vie et à la parole de Socrate qui lui sert de figure éponyme, l'ironie socratique est un moyen au service de la dialectique; sa fin est d'accoucher de la vérité et de confondre les sophistes."

Ce n'est donc pas seulement une affaire de cyniques (encore que, selon Platon, Diogène c'était "Socrate devenu fou").

En résumé, ni "breaching" ni "ironie" n'enveloppent les concepts de Vrai Nom et de pseudonyme, que ce soit dans l'usage courant que rendent les dictionnaires, dans la littérature ethnométodologique, ou dans la pratique de Blaise Pascal (qui a publié les "Provinciales" sous un faux nom).

2°) "Kari Bou n'est pas un individu mais un pseudo, ce qui ne permet pas de donner valeur à son intervention."

---> ...Il y a là deux implicites, le premier étant que le concept d'individu exclut le recours au pseudonyme, le second étant que le pseudonyme disqualifie l'expression.

Concernant le premier point, un "individu" est étymologiquement ce qui est donné de manière non divisée, c'est-à-dire atomique (a-tomos = in-sécable).

Evidemment, Olga peut se "diviser" en autant de pseudonymes qu'elle le souhaite si elle veut, mais dans le même sens qu'elle peut assumer autant de rôles qu'elle veut (mère, fille, amante, soeur, etc.) ou encore qu'elle peut s'adonner à des activités diverses. Mais ça, ce sont des tâches ou des rôles, pas plusieurs individus. L'individu reste unique, car la source (au sens de structure antécédente) est unique.

Kierkegaard a signé tous ses livres sous des pseudonymes, et différents à chaque fois en plus. Il était pourtant un et même individu. Il était la structure antécédente à toutes ses productions.

Et que dire de Pessoa ?

Dans la pensée libérale, "l'individu, dans l'étymologie latine, c'est l'équivalent du grec "atome". L'individu, c'est l'atome de la société. Et de même que l'atome est le plus petit morceau de matière qui puisse exister, l'individu est le plus petit morceau de société... Au fond, la pensée libérale ne connaît qu'un seul niveau d'observation, celui de l'individu." ==> le concept d'atome ne requiert pas celui de validation identitaire. C'est-à-dire qu'il y a atome social à partir du moment où ce qui est donné socialement est donné de manière telle qu'il n'y a pas lieu de le diviser plus avant.

Quant au second point, à savoir que l'usage du pseudonyme disqualifie, il a été semble-t-il suffisamment balayé par Lirresponsable, dans ce fameux article d'uZine.

3°) "Diogène qui interrompt Platon dans l'affaire du poisson, ou qui remet Alexandre le Grand à sa place ("Ote-toi de mon soleil.") le fait en tant que Diogéne et le fait de façon publique dans le cadre d'un dialogue."

---> ...Hélas, cette troisième assertion ne vaut pas mieux que les deux précédentes, je le crains.

Diogène qui interrompt Platon dans l'affaire du poisson ne le fait pas dans le cadre d'un dialogue.

Juste pour resituer les faits, tels que vous les trouverez dans tout bon bouquin sur les philosophes cyniques, Platon était en train de faire un grand discours devant une foule assemblée, au sujet d'un point de philosophie. Ce n'est pas du dialogue. Diogène s'amène, mais ne s'intègre pas au groupe (ah le salaud!). Il tient un poisson dans la main. Soudain, sans prévenir, il crie : "Hé, regardez mon poisson, il est chouette !" (je cite de mémoire). Tout le monde arrête d'écouter Platon et admire le poisson de Diogène. Et Diogène de commenter : "Le poisson de Diogène est plus fort que le discours de Platon".

C'est très proche d'une intrusion Karibouenne... Diogène débarque dans un endroit de débat public, fait du breaching (sans conteste, voir 1°) ) et sous un abord vulgaire place une idée élevée (à savoir que les déterminations abstraites sont de peu de poids devant les réalités charnelles, en pratique).

Pour un peu, on en viendrait à penser qu'il serait bon de méditer la philosophie cynique...

Le cas d'Alexandre est à peine plus un dialogue, et d'ailleurs Diogène n'était pas censé répondre de la sorte au Prince, il a donc rompu l'étiquette en prenant la parole comme il l'a fait.

On peut même légitimement se demander (a) si Diogène a jamais fait du dialogue, contrairement à Socrate (il éduquait toute la Cité d'un seul coup, par la provocation publique), (b) si craowiki est un espace de dialogue, attendu que les pages sont communes à N utilisateurs, N étant supérieur à 2 quand il s'agit d'écrire (mais asymptotiquement égal à 2 quand il s'agit d'effacer).

Enfin, Diogène ne fait rien "en tant que Diogène". Il dit qu'il est un chien, le mot "cynique" vient de là (kynos = chien)

Un philosophe cynique est un philosophe qui juge la nature insouciante et informelle des chiens supérieure à la prétendue morale des hommes. D'où son mépris des conventions, des richesses, etc. Et l'attachement à ce tatouage social qu'est le Vrai Nom est une de ces conventions sur lesquelles un cynique défèque allègrement.

4°) "Il est d'ailleurs amusant de noter que ce même Diogène se promenait en plein jour avec une lanterne et répétait : «Je cherche un homme.» , était t'il lassé de ne croiser que des masques ?"

---> ...Cf. ce qui précède, «Je cherche un homme.» signifie «Je cherche un individu qui ne soit pas l'esclave des conventions sociales». On ne peut pas certifier que Kari Bou réponde à cette définition, mais a priori rejeter ce mantra de la wikisphère sérieuse que le Vrai Nom constitue, c'est rejeter une convention sociale, et donc se rapprocher --d'un cran-- de ce statut d'homme véritable que Diogène cherchait.

(Comme si, d'ailleurs, le masque était une détermination négative, et comme si le Vrai Nom ne pouvait en aucun cas être un masque...)

5°) "Ce que fait Kari Bou, donc, mérite le Hors Sujet car il n'est pas identifié comme individu, n'invitant, ainsi, pas au dialogue."

---> ...Usage de trois implicites :

  1. qu'il y a des choses qui "méritent le Hors Sujet", le point étant ici qu'ainsi formulé le mérite est quelque chose qui vit dans la sphère objective;
  2. que le breaching n'invite pas au dialogue;
  3. que craowiki est basé sur le mode communicationnel du dialogue.

Extrême relativité de ces trois implicites :

  1. qui donc est Jules-Edouard Moustic (ou qui que ce soit d'autre) pour dire à lui tout seul ce qui "mérite" (objectivement, bien sûr) le Hors Sujet ? A part de s'introniser sur-le-champ conscience commune, je ne vois pas trop ce qui permet un tel tour de passe-passe. Et à part le cas où tout le monde condamne l'intrus à la même seconde, je ne vois pas comment ceux qui s'intronisent les premiers ne prennent pas une décision qui leur est spécifique. Mais si elle leur est spécifique, elle n'est plus commune, c'est la leur, c'est tout ! Et elle ne devient commune que si tout le monde l'avalise. Si donc tout le monde ne l'avalise pas après coup... c'est qu'elle n'est pas commune, C.Q.F.D.
  2. le breaching invite bel et bien au dialogue. Quand on se prend un aphorisme de Diogène dans la gueule, on a envie de lui répondre. Le breaching invite aussi au débat en général, pas seulement au dialogue. La preuve directe en est cet ensemble de pages, qui dérive quand même d'un breaching initial en ce sens parfaitement abouti.
  3. craowiki ne fonctionne pas sur des dialogues, ou pas exclusivement. Il y a beaucoup de mêlées, de gens qui parlent en même temps, comme le prouvent les engueulades collectives, les prises de parti, les factions, les modes théâtre ou prosopopée, et les conflits d'édition. Il est donc injuste de reprocher à quelqu'un de shunter une forme de communication qui n'est pas la seule qui soit autorisée sur le wiki.

6°) "Son intervention n'est qu'une déjection de sa sphère privée qu'il laisse sur l'espace public."

---> ...On peut se demander s'il y a une seule intervention par ici qui soit autre chose.

Je pense certaines choses de ce que nous dit Laurent Lunati, comme par exemple qu'il a déjà produit cinq assertions fausses et que la sixième est tout aussi fausse que les précédentes. C'est ce qui est dans mon esprit en ce moment, --et je veux croire que mon esprit appartient à ma sphère privée.

Je déverse cette idée qui m'est propre sur un wiki. C'est une déjection (sans nul doute), et le wiki est un espace public (évidemment).

Tous les termes de l'assertion sont donc réunis dans mon cas aussi bien que dans celui de Kari Bou, aussi bien encore que dans celui de toute personne qui écrit ce qu'elle pense sur un wiki. Mazette, ça en fait, des "déjections" !

Si je puis me permettre une su-jection, c'est qu'il y a une faiblesse logique dans l'argument, à d'abord donner pour disqualifiant le fait de breacher comme une bête (un clébard en l'occurence) et sous un pseudonyme, circonstances qui sont rares et recherchées... et puis terminer sa diatribe en incriminant ce qui est en fait l'usage commun et que tout le monde suit (caser un bout de sa sphère privée dans l'espace public).

Car enfin, ce wiki est, dit-on, conçu pour collaborer. Et il y passe, en plus des anges, des consciences communes (les premiers affublés d'une paire d'ailes, les secondes d'une paire de ciseaux).

Co-laborer = travailler en commun, conscience commune = conscience en commun (on n'ose ajouter que c'est donc une conconscience, et pourtant la science concon, ça existe)

Or, comment serait possible un travail ou une conscience en commun, s'il n'y avait pas des parti-cipants (= qui apportent - leur part), c'est-à-dire des individualités disjointes, donc privées ? Et aussi un flux de toutes ces parcelles privées vers un réceptacle commun ? Et ça n'est pas de la déjection à grande échelle, ça ?

Conclusion) En résumé, les assertions 1°) à 6°) sont :

  1. fausse
  2. fausse
  3. fausse
  4. fausse
  5. fausse
  6. fausse

Cela dit, la ponctuation est juste. -- Nicolas Montessuit <tiens, un vrai nom>

Dernière modification le jeudi 7 avril 2005 18:40:59

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