Fallaces De La Méta Utopie
Fallace signifie un raisonnement faux parti d'un principe inopérant, par exemple ce qui vient basé sur une prémisse sortie de nulle part (mais vraisembable et qu'on a adoptée sans y faire attention).
J'entends mettre en valeur les présupposés propres à l'usage du terme de méta-données (et a fortiori, de méta-utopie, qui est un schmilblick encore plus problématique). Ces présupposés sont rarement donnés pour tels, ni même perçus. Ce sont des implicites, et il est bon de les traquer, afin de prendre conscience des limites de la discussion.
Le premier implicite quand on parle de quelque chose est évidemment... qu'on semble présupposer que ce quelque chose existe bel et bien ! On pourrait appeler cela la fonction assertive ou positive de l'énonciation. Quand nous parlons quelque part (comme c'est le cas ici, et jusqu'à plus soif) de méta-données, cela sous-entend qu'il existe bien des choses au monde qui sont vraiment des méta-données.
Arrêtons nous un instant : nous n'avons aucune assurance concernant cela.
Si par exemple les livres de cuisine contiennent des recettes qu'on peut en général schématiser comme : des listes d'ingrédients, des quantités exprimées en portions par personne, des successions d'instructions simples... on peut si l'on veut qualifier tout cela de données; et, si des articles de critique d'un magazine parlant de cuisine commentent ces livres de cuisine en leur attribuant des notes ou des expressions qualitatives telles que "excellente recette", "un peu passé de mode", "attention à ne pas forcer sur le sucre", etc., on peut si l'on veut appeler cela des méta-données.
Il n'en reste pas moins : (1) que la méta-donnée se définit relativement à la donnée (pas de critique du livre sans le livre au préalable) (2) que la relation de l'une à l'autre est affaire de point de vue (si A est méta-donnée de B, on peut trouver un point de vue renversé où c'est B qui est méta-donnée de A) (3) que le système constitué par la donnée et la méta-donnée fait abstraction de l'entourance ontologique de ces deux êtres, c'est-à-dire, de tous les autres êtres qui pourraient jouer un rôle supplémentaire dans la relation (un peu comme si on se souciait du rapport de la mère à la fille en oubliant le père)
De ces trois raisons on déduit que la méta-donnée laissé à elle seule, la méta-donnée en soi n'existe pas, et d'ailleurs, si l'on pouvait cueillir une donnée au hasard dans l'univers avec la main et l'interroger sur ce qu'elle est, elle serait bien incapable de nous dire de manière convainquante : "Mais ! Je suis une méta-donnée !"
Ceci parce que, au fond, tout est donnée, du moins si on se base sur une ontologie informaticienne (on peut parfaitement envisager des ontologies différentes, y compris des plus profondes que l'ontologie informaticienne). J'insiste sur ce dernier point, car nous vivons une époque où tout le monde s'est convaincu que le secret de l'univers pouvait être énoncé en termes de données, c'est-à-dire, que tout ce qui est est représentable, représentable objectivement, distinctement et discrètement (= avec des valeurs qui ne dépendent pas de l'observateur, qui sont bien définies, et qui ne varient pas continûment), en définitive, qu'on pourrait tout rapporter (si on en avait les moyens et l'envie) à des zéros et des uns.
Nous n'avons aucune preuve de cela, et les difficultés qu'on a à rapporter la Mécanique Quantique à de la logique ordinaire, par exemple, semblent indiquer que au niveau ultime ce qui est n'est pas informatique. En bref, nous ne vivons pas dans une Matrice. (PS: ceci présuppose à son tour qu'il y aurait un niveau ultime, et là encore nous n'avons aucune certitude là-dessus)
En fait, nous ne savons rien de tout cela, et en même temps, ce n'est pas préoccupant, car nous n'avons pas besoin de la Mécanique Quantique pour vivre notre vie de tous les jours, et donc, peu importe quel est au juste la nature véritable de la matière ou de l'information lorsqu'il s'agit de sortir le chien. Et même : celui qui prétendrait qu'il nous faut absolument tenir compte de telle théorie physique très exotique pour revoir les bases de notre vie quotidienne, nous ne disons pas que c'est forcément un charlatan, mais en tout cas, il nous inspire une profonde et très légitime méfiance.
Pourquoi donc faire tant de chichis, si c'est pour en venir à la conclusion que c'est une affaire qui ne nous concerne pas ? Pour décider de la conduite de notre vie quotidienne, oui en effet, elle ne nous concerne pas. Mais pour repérer dans un discours philosophique/scientifique/savant une possible supercherie (en général involontaire), là par contre, cela nous concerne.
La métadonnée n'existe pas à l'état natif dans la nature, elle est une création de notre mental, du fait que nous isolons au préalable des sujets d'intérêts plus spécifiques, que nous sommes intéressé-e-s. Pour cette raison, quiconque commence à raisonner en général sur les métadonnées raisonne dès le départ sur une abstraction qui, non seulement ne correspond à rien de spécifique dans la nature, mais de plus, n'existe même pas toute seule séparément des autres abstractions analogues.
...à suivre...
Dernière modification le jeudi 10 novembre 2005 16:27:37



